Jour 427

Bibi

Nous sommes deux à commettre le péché d’orgueil.

Bibi ne le sait pas mais elle m’enlève une épine du pied. Elle s’est fait couper et boucler les cheveux. Je l’ai trouvée tellement belle que j’ai pris plein de photos d’elle. Il y en a une qui lui a plu, elle m’a demandé de la mettre en photo vedette, en accompagnement de mon texte d’aujourd’hui, pour que les gens de la famille et les amis qui me lisent puissent juger du style capillaire qui est le sien depuis hier.
– Je vais te dire comme on m’avait dit au travail, à l’époque, même si ce n’est pas vraiment un compliment…
– Que j’ai rajeuni de vingt ans !, m’a-t-elle interrompue, en me faisant savoir qu’elle se rappelait de mon histoire.
Grâce à Bibi, toujours est-il, je n’ai pas besoin de me demander quel sera le thème du jour, le thème, c’est ma sœur ! Si tout le monde de la famille, jeunes et moins jeunes, proches et moins proches, me faisaient ce cadeau, j’aurais plein de textes à écrire qui tous plongeraient dans le passé, dans l’enfance, dans les souvenirs. Je me gargariserais de nostalgie sans compter, d’idéalisme à l’aile blessée, de regrets de trois pouces d’épais…
Le mercredi, je l’ai écrit plusieurs fois, je nourris papa au CHSLD. Je profite d’avoir à me rendre à Joliette pour faire des courses. La seule course que j’avais à faire cette semaine était d’aller chercher à la librairie La force de l’âge que j’avais commandé (une petite brique de 787 pages chez Folio). L’autre chose que je voulais faire était de remplir mes cinq bouteilles d’eau sulfureuse. La mini entorse que je me suis permise, entre ces deux déplacements, fut d’aller fouiner à la pharmacie y quêter un échantillon d’un produit qu’ils n’avaient pas. Sachant que j’avais peu à faire avant de me rendre auprès de papa, j’ai proposé à Bibi que nous prenions un café ensemble à la Brûlerie du Roy. C’est là que je l’ai photographiée. Tout en déposant sur la table mon livre flambant neuf, j’ai entrouvert la porte à un petit échange quant au regard que nous portons, à notre âge, sur notre parcours de vie.
– J’ai tendance à penser que j’ai moyennement réussi ma vie, ai-je commencé. Jeune, je ne ressentais pas que j’avais les moyens de me réaliser. Je flottais, je ne me rendais compte de rien. J’ai vaguement découvert qu’une vie, ça se construit, quand je suis entrée dans la trentaine…
– Pourquoi tu nous racontes ça ?, a répondu Bibi.
– À cause de mon livre. Simone portait en elle la conviction qu’elle saurait se construire une vie riche. Elle avait confiance en elle, elle était consciente et présente au monde. En fait, j’ai presque peur de poursuivre la lecture de son autobiographie, je vais me percevoir comme une incapable, en comparaison.
– Tu te compares à très haut et à très intelligent, fut la réponse de Bibi.
– Plusieurs personnes que j’ai croisées sur mon modeste chemin ont aussi réussi leur vie… Mais c’est vrai qu’au lieu de me comparer, je devrais lire Simone comme une source d’inspiration…
Sur ce, pour en finir de mes lamentations, j’ai changé de sujet.

 

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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Une réponse à Jour 427

  1. Marielle dit :

    Merci pour le clin d’oeil du jour et la photo de Bibi!
    xx

    Aimé par 1 personne

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