Jour 428

papa

Papa dans la jeune vingtaine

Ah bien saperlipopette ! Je n’ai pas tant le regard de Diane Dufresne que celui de mon père ! Cette habitude qu’on a de chercher loin quand la réponse est toute proche ! La ressemblance est difficile à déceler, sur la photo ci-contre, qui est une copie numérique d’une photo argentique ayant plus de soixante ans. En outre, l’original papier est de format 5"X7", réduit ici au format passeport. C’est mon frère les Pattes qui m’a montré ces photos hier, lors de notre souper pour son anniversaire.
– On est hot !, vous ne trouvez pas ?, ai-je lancé en pénétrant dans son appartement. Rouler par un temps pareil par amour pour mon frère !
Je lui ai offert un porte-savon encore taché du savon qu’il contenait jadis chez Emmanuelle, que j’ai trouvé chez elle, abandonné à son triste sort sur une tablette. Je l’ai volé pour le réintroduire dans la circulation familiale.
– Si tu ne le veux pas, ne le jette surtout pas, il provient de chouchou, ai-je commencé.
– On sait bien, chouchou…, a glissé mon mari.
– Parce qu’il n’est pas neuf ?, s’est étonné mon frère.
– Il est bien plus précieux qu’un neuf anonyme, ai-je rétorqué.
Avec le porte-savon, j’ai pensé qu’un savon serait approprié, j’ai donc apporté un gros pain de savon vert foncé à l’huile d’olive acheté dans un commerce arabe à Montréal.
– C’est écrit en quelle langue sur le savon ?, m’a demandé les Pattes.
– En grec, c’est un savon grec sur un porte-savon sentimental fabriqué en Chine.
Mon frère est allé déposer son cadeau près de l’évier de la cuisine où, je pense, il va dorénavant séjourner.
Alors que j’écris ces lignes, il me revient en mémoire qu’il y avait, il n’y a pas longtemps, sur le comptoir de la salle de bains cette fois, toujours chez mon frère, un porte-savon fait en petites lattes de bois, que lui a offert Emmanuelle. Mince ! Mère et fille ont eu la même idée !?
Le gratin aux légumes de ma belle-soeur était délicieux.
– Est-ce que tu aimes ça ?, a-t-elle demandé à son beau-frère en la personne de mon mari.
– Je suis habitué astheure, a-t-il simplement répondu.
Quand j’entends quelqu’un dire astheure, j’entends automatiquement dans ma tête Astor Piazzola.
Avec tout ça, et confirmant mon constat en début de texte, je suis rendue très loin, en Argentine, et je n’ai toujours pas exprimé ce que je voulais exprimer à propos de papa tel qu’il apparaît sur la photo.
– Quand je vois une photo de papa jeune, ai-je commencé, je ne peux pas m’empêcher d’avoir le cœur serré, je suis vaguement triste.
– Pourquoi ?, a demandé ma belle-sœur.
– Parce que c’était un idéaliste qui n’a pas eu la vie qu’il aurait voulu avoir, il était destiné, je trouve, à avoir une vie plus riche, plus réussie.
– Comme nous tous !, a-t-elle répondu.
– Oui et non…
J’avais en tête le parcours exceptionnel de Simone, qui savait, très tôt, qu’elle allait façonner sa vie pour en faire une réussite, et qui a réussi sa réussite. Mais je me suis dit aussi que pour la plupart des communs des mortels, le « nous tous » de ma belle-sœur avait bien d’l’allure, mais en même temps plusieurs personnes auxquelles j’ai aussi pensé, vite fait, ressortent quand même du lot…
Alors je me suis répétée :
– Oui et non…
– Moi, a dit ma belle-sœur, c’est ma fille qui a la vie que j’aurais voulu avoir.
– Moi aussi !, me suis-je exclamée. Emmanuelle est encore jeune, je ne connais pas encore la couleur de son parcours, professionnel et personnel, mais je la sens outillée comme j’aurais voulu l’être.
Me rappelant enfin une phrase identique d’Ingrid Bétancourt, ou à peu près identique, à savoir :
– Ma fille, c’est moi en mieux.
et me rappelant finalement une phrase de ma tendre Oscarine dont je me rappellerai toujours à cause de son aspect lapidaire :
– On court tous après la même affaire.
j’ai continué de regarder ma belle-sœur en répétant pour une troisième fois, et en sachant de moins en moins ce que j’en pensais :
– Oui et non…

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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