Jour 456

Je n’ai pas choisi de dormir chez les Pattes parce que j’avais trop de choses à faire à la maison, dont le regroupement des documents relatifs aux impôts.
J’ai encore pensé à Maxim aujourd’hui, je me suis demandé si, après avoir joué un concerto de grande virtuosité, il était assez en forme physiquement pour en jouer un deuxième d’affilée.
Ce soir je nourrissais papa. Il a fait quelque chose qui a créé en moi le même effet d’incroyable surprise qu’Emmanuelle a créé aussi quand elle était toute petite. D’abord Emmanuelle. Nous étions la famille recomposée à la table, cela représente cinq personnes. En fait, je n’étais pas assise mais les autres l’étaient, je remuais les casseroles et je servais le souper. Soudain, je tourne la tête, et je vois mademoiselle qui tient une fine tranche de saucisson trois fois plus grosse que sa main.
– Qui lui a donné ça ?, avais-je aussitôt demandé, comme s’il s’agissait de la chose à ne pas faire.
– Pas moi !, s’étaient exclamés les deux garçons en même temps.
– Elle s’est servie toute seule, avait répondu Jacques-Yvan.
Probablement que l’assiette de charcuterie avait été déposée assez près d’elle pour qu’elle puisse piger dedans.
C’était inattendu de la voir tenir cette tranche. Je n’aurais pas imaginé qu’elle était déjà capable de se servir. Ma fille venait de franchir une étape de plus dans son développement et j’en étais à la fois émue et ravie.
Ce soir, pour sa part, papa a bougé le bras en direction du plateau sur lequel était son repas. Habituellement, il se tient les mains cachées sous son tablier, et s’il bouge les mains c’est pour triturer le tablier. Tout d’un coup, d’un geste rapide et assuré du bras et de la main, il a pris le verre d’eau qui était devant lui, il l’a porté à sa bouche et l’a reposé là où il était. En mettant le verre sur le plateau, il a dit :
– Tiens, madame. Je n’ai plus soif, et je n’ai plus faim.
Je n’en suis pas revenue. Ça fait des mois qu’il n’est plus capable de faire ça, boire en tenant un verre de la main, ou en tout cas ça fait des mois que je lui ai vu faire ce geste. Et là, ce soir, tout d’un coup, paf, il le fait. Et il l’a fait deux fois. J’ai été traversée du même sentiment de ravissement que lorsqu’Emma nous a fait le coup du saucisson.
À la veille de mon départ pour l’Abitibi en autobus, je dois reconnaître que je n’ai pas eu le temps de passer mes toiles en revue. Mais j’ai pris le temps de vider l’armoire des casseroles et plats et contenants divers pour en faire un beau ménage. Ce ménage va durer trois jours, puis ce sera à recommencer. Je n’ai pas fait d’exercice extérieur puisque j’ai consacré l’essentiel de mon temps à l’écriture et à la peinture. Tout à l’heure, il est dans mes projets de m’accorder une petite heure de lecture, au lit.
Il me reste quinze textes à écrire et j’aurai atteint le Jour 440, qui sera le début du décompte de la neuvième année d’écriture.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s