Jour 479

roue

À la patinoire du Vieux-Port jeudi par temps gris.

– Prenons une photo, dis-je à Yvon, pour capter le beau mariage du gris et du violet. Ou du bleu gris et du fushia… J’adore cette lumière de fin de journée d’hiver.
– Comme tu veux, me répond mon ami.
On s’arrête de patiner une fois arrivés sous la grande roue. Yvon ne remarque pas que je tends la main dans sa direction.
– J’aurais besoin de ton téléphone, lui dis-je, car le mien est resté dans ton sac-à-dos à l’intérieur.
À l’intérieur, c’est le kiosque où on achète nos billets et où on met nos patins. Il y a des casiers dans la pièce et moyennant qu’on ait apporté un cadenas, on met nos effets personnels dans un casier, cadenassé, et les voilà à l’abri des voleurs. Yvon, qui est de nature inquiète, n’aurait jamais laissé ses biens sans surveillance, alors il a apporté un cadenas.
– Tu es sûre que ton téléphone est dans mon sac-à-dos ?, a-t-il demandé. Je ne t’ai pas vue le mettre dedans.
– J’imagine qu’il y est puisqu’il n’est pas dans les poches de mon manteau, ai-je répondu en tâtant à nouveau mes poches.
– Veux-tu qu’on aille vérifier ?, a demandé mon ami.
– Non. J’aurais juste besoin de ton téléphone et ensuite on pourra transférer la photo de ton téléphone au mien.
Et c’est ce que nous avons fait.
Je ne voulais pas arrêter de patiner avant l’arrivée de la noirceur et je ne me lassais pas de regarder les édifices du centre-ville en partie couverts de brume. Après deux heures et demie de patin –à petite vitesse, en parlant de tout et de rien–, nous avons néanmoins convenu que ça suffisait, d’autant que nous commencions à avoir faim.
– On va pouvoir vérifier si ton téléphone est dans mon sac-à-dos, a dit mon ami comme nous regagnions l’intérieur.
– As-tu quelque chose à manger ?, ai-je alors demandé. Ou à boire ?
Yvon avait une pomme dans un Ziploc, accompagnée d’un papier essuie-tout pour la frotter. J’ai eu vite fait de me la mettre sous la dent, en mastiquant comme une bonne.
– Ton téléphone n’est pas là, a conclu mon ami après avoir fouillé dans tous les compartiments de son sac.
– Ah bon ? Je me serais fait voler mon téléphone ? Je l’aurais oublié à la fontaine de notre lieu de rencontre ? Quand je t’ai montré la couverture du livre de Kundera ? Ou je l’aurais laissé traîner ici, pendant qu’on mettait nos patins ? Non ! Je ne peux pas avoir perdu mon téléphone ! Remarque, j’ai déjà perdu mes lunettes à la porte de la Défense, à Paris…
Mais j’avais trop de plaisir à manger ma pomme pour penser au téléphone.
– On peut retourner à l’UQÀM, a suggéré Yvon.
– Attends, je vais regarder à nouveau, ai-je fini par dire, une fois la pomme terminée.
On dit souvent des femmes qu’elles peuvent, à l’inverse des hommes, faire plusieurs choses à la fois, mais ce n’est pas mon cas. Une fois rassasiée, j’ai fouillé comme il faut dans la poche très profonde de mon manteau, celle du haut, et bien entendu j’y ai trouvé mon téléphone.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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