Jour 480

kunderaJ’avais rendez-vous à l’UQÀM avec Yvon pour aller patiner. C’est un drôle d’endroit de rencontre pour se rendre patiner au Vieux-Port, mais c’est agréable pour celui qui arrive avant l’autre car la librairie se trouve juste à côté de notre point de rencontre. Non seulement la librairie, mais aussi la COOP qui vend du matériel d’artiste. Sans réfléchir, j’ai voulu en profiter pour m’acheter des pinceaux, mais après avoir réalisé qu’il faudrait que je les transporte toute la journée dans la poche de mon manteau, j’ai laissé faire.
La fontaine du pavillon Hubert-Aquin –qui ne déverse plus d’eau depuis un bon moment–, au métro Berri, est notre point de rencontre depuis toujours. On voudrait aller ensemble dans les magasins du centre-ville, à l’ouest, qu’on trouverait le moyen de se donner quand même rendez-vous à l’est, à l’UQAM.
Je suis arrivée la première, avec vingt minutes d’avance –c’est du jamais vu dans ma vie. J’ai flâné dans la librairie, en faisant attention de ne rien faire tomber avec mes patins. J’en portais un devant moi, côté poitrine, et un derrière, côté dos, retenus l’un et l’autre par les lacets déposés sur mon épaule. Comme tout le monde fait, en somme. Je ne vois pas pourquoi je tiens tant à décrire de quelle manière je les portais, sinon pour que le lecteur cerne mieux que le patin qui pendait dans le dos avait tendance à balancer, et que, balançant, il frôlait les présentoirs de livres et il frôlait aussi des tablettes où étaient déposées de petites choses, des accessoires, et même des savons.
– Je cherche le livre de Kundera qui est dans la vitrine, ai-je dit au commis, un beau jeune homme à la barbe courte et rousse. J’ai fait le tour du magasin et je ne le trouve pas.
– C’est normal que vous ne le trouviez pas car celui de la vitrine est notre seul exemplaire.
– Ah bon !, ai-je répondu, contente d’apprendre qu’il y avait une explication au fait que je ne l’aie pas trouvé. Je voudrais en photographier la couverture, ai-je précisé.
– Je peux le sortir de la vitrine, si vous voulez.
– Je vais aller prendre une photo à travers la vitre et si ça ne marche pas je reviendrai, ai-je répondu.
– Très bien.
Sur ce, je suis allée à l’extérieur de la librairie prendre une et deux et trois photos ratées et je suis revenue demander au jeune homme s’il voulait bien sortir le livre, finalement. Le commis n’était pas à la place où je l’avais trouvé, à son poste devant un écran d’ordinateur, alors j’ai circulé un peu et je l’ai trouvé accroupi replaçant un livre sur une tablette du bas.
– Rebonjour, ai-je dit.
– Je peux vous aider ?, a-t-il demandé.
Je ne pensais pas qu’il était nécessaire que je parle, tellement je détonais dans le décor avec mes patins et mes pantalons de nylon bleu ciel et la tuque rouge de chouchou, mais il faut croire qu’il n’avait rien remarqué de mon accoutrement étrange puisqu’il a fallu que je formule à nouveau ma demande. Le commis a sorti le livre de la vitrine, je l’ai déposé à plat pour en photographier la couverture. Je n’ai pas osé feuilleter les premières pages du livre, à la recherche du nom du peintre qui a fait cette composition abstraite. J’ai regardé vite fait au dos du livre et je n’ai pas vu le nom du peintre non plus. J’ai pensé que ce pouvait être Juan Gris, ou Georges Braque… ou tellement d’autres artistes.
Ensuite, me dirigeant vers la fontaine dont nulle eau ne s’écoule, j’ai découvert que Yvon arrivait en même temps que moi. Sans tarder, je lui ai montré la photo en lui disant que je voulais faire pareil pour ma prochaine toile, une fois que j’aurai fini mon quadrupède que je lui ai montré aussi.
– Pourquoi faire ça ?, s’est étonné mon ami. Ce que tu fais est tellement plus beau !

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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