Jour 481

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Sautoir Chanel.

Fiou ! Ce fut difficile la route jusqu’à Montréal sous la neige et la pluie verglaçante dans le gros véhicule de Denauzier dont l’essuie-vitre, côté conductrice, fonctionne au quart seulement ! J’écoutais le jazz de Stanley pour m’aider. Je ne me suis pas fait d’ami dans la première moitié du trajet. J’ai commencé à m’en faire à Repentigny. Me faire des amis, c’est quand quelqu’un arrive derrière moi dans son véhicule, qui ne conduit pas vite et qui me suit. Nous sommes alors deux et cela me réchauffe le cœur.
J’ai dit la même chose, mais en version exagérée, cet après-midi à tantinette. Nous nous tenions l’une à l’autre pour ne pas tomber en marchant sur la glace, à la sortie du restaurant. Elle a dit :
– À deux c’est toujours mieux.
J’ai répondu, dans un élan pompeux :
– Nous sommes invincibles parce que nous sommes deux, tantine !
Je pense qu’elle ne m’a pas entendue, parce que si elle m’avait entendue, il me semble qu’elle m’aurait répondu qu’il ne faut pas exagérer.
Je peux aussi être l’amie qui arrive par derrière, à ce moment-là c’est moi qui suis le véhicule qui ne roule pas vite. J’aime moins cette forme d’amitié car alors je m’en rends compte tout de suite quand la voiture me quitte pour une autre direction, tandis que lorsqu’elle me suit je m’en rends compte moins abruptement, au hasard du coup d’œil jeté dans le rétroviseur.
Donc je suis à Montréal pour quelques jours, mais encore tout à l’heure, en début de soirée, j’étais avec les Pattes dans un café. Il m’a dit que mon sautoir faisait vieille madame. Je lui ai dit que c’était pourtant à la mode et que le mien, ayant été fabriqué par notre potière du village, avait presque une valeur sentimentale à mes yeux. Il m’a dit que potière ou pas potière, le bijou lui faisait penser à tante Laurette, décédée il y a belle lurette.
– Aussi vieux que ça, a-t-il dit.
Avant de nous retrouver au café, nous étions bien entendu au CHSLD. Aujourd’hui, une dame de l’étage a quitté la vie terrestre. J’ai tendance à penser que c’est une délivrance, pour elle et pour ses proches, mais je peux bien sûr me tromper. Le voisin de chambre de papa m’incite à penser que je pourrais me tromper. Le voyant manger des chips et boire du coca-cola dans sa chambre pas éclairée, assis sur son lit en pleine noirceur, nous lui avons demandé si tout allait bien, et il a répondu :
– Avec des chips et du coca-cola, la vie est belle.
Les chips et le coca-cola, qui réconfortent notre homme, jouent ici le rôle de mes amis d’autoroute, mes amis qui ne savent pas qu’ils sont mes amis, mais qui me réconfortent dans l’adversité de la conduite par visibilité ultra réduite.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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