Jour 489

abstraitement

53"X30", sans titre pour l’instant

Mon mari me dit que cette toile devrait rester telle quelle. Que ce sont des toiles de ce genre qui ornent les murs des hôtels qu’il fréquente quand il est en déplacement. Ce serait un grand avantage que cette toile soit intéressante telle quelle, puisqu’elle ne m’a demandé qu’une heure de travail. Si je faisais 100 toiles de ce type, vendues 100$ chacune, je m’enrichirais de 10 000$ au terme d’un investissement en temps de seulement 100 heures. Cent heures, c’est trois semaines de travail de 35 heures. Avec cet argent gagné sans effort, j’irais visiter ma fille à Strasbourg l’hiver prochain, mon amie en Belgique, mon autre amie en Allemagne, sans avoir à me restreindre sur mes dépenses. Cette équation simplissime, cependant, m’amène à penser qu’il y a quelque chose qui cloche dans mon hypothèse, dans la mesure où c’est rarement facile de gagner de l’argent. Ce qui pourrait clocher, ce pourrait être que la toile n’est pas intéressante telle quelle. Et si j’attends qu’elle le devienne à mon sens, qu’elle soit signifiante, organisée, composée, qu’elle ne soit pas juste un tas d’éléments étalés qui ne se parlent pas, ça peut me prendre pas mal plus de temps, comme en témoigne mon vase et fleurs géantes qui ont pris un an et demi à se matérialiser. Un an et demi c’est 52 + 26 = 78 semaines, multiplié par 35 heures de travail par semaine = 2 730 heures. Si ce nombre d’heures génère un gain de 100$ dans l’éventualité d’une vente, ça représente un taux horaire de 0,036 sous pour l’artiste peintre. L’artiste peintre c’est moi. Peintre du dimanche.
Au départ, il s’agit d’une toile sur laquelle j’ai fait imprimer une de mes œuvres par procédé de giclage. Cela fonctionne de la manière suivante : je transmets un fichier JPG à l’imprimeur, ce fichier étant la photo de mon œuvre, l’imprimeur me fournit en retour cette toile grand format, montée sur châssis de bois, sur laquelle est imprimée ladite photo, moyennant une petite somme d’entre 100$ et 200$.
Les toiles ainsi imprimées ne sont pas couvertes de canevas mais d’une pellicule plastique sur laquelle il n’est pas facile d’appliquer de l’acrylique avec un pinceau, il faut passer plusieurs fois. J’ai donc passé plusieurs fois, en n’utilisant qu’un restant de couleur à la fois, et en étalant ce restant de manière à obtenir une masse carrée, ou rectangulaire. On les discerne en observant la toile le moindrement, elles sont jaunes, noires, blanches, vertes. Étendre l’acrylique sur le plastique a peut-être pris vingt minutes ? Puis, j’ai déchiré en deux moitiés des serviettes de table, que j’ai collées avec du polymère sur l’acrylique séchée. Vingt minutes aussi ? J’ai aussi créé un effet de ciel turquoise avec des lanières de serviettes de table dont l’imprimé était blanc et turquoise. Et commencé à tracer des petites lignes de finition, en décidant au bout d’un moment de toutes les effacer. Un autre vingt minutes.
Ce n’est pas donc surprenant, constatant le taux horaire que je vaux en tant que peintre sur le marché de l’art, que mon frère ait refusé les deux toiles que je lui ai apportées pour rendre plus vivants les murs de son appartement !

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée, publiée dans 2 200 textes en 10 ans, est marquée , , , , , , , , , , , . Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s