Jour 520

beignes

Cuvée 2018

Nous avons fait des beignes, ma tantine, ma cousine, mon mari et moi. En début d’aventure, mon mari n’était pas là, mais quand il est arrivé à la maison nous l’avons intégré à l’équipe. C’est une aventure, faire des beignes. C’est en outre pas mal salissant. La recette en donne plus de cent. La recette de ma grand-mère Yvette. Quand papa s’attelait à la tâche, à chaque mois de décembre, avec sa deuxième femme, ils en avaient pour la soirée. Dans mon souvenir, ils travaillaient en silence pour mieux se concentrer. En homme minutieux qu’il est, papa surveillait chaque beigne dans sa casserole pleine d’huile. Ma belle-mère s’occupait de fabriquer, rouler et façonner la pâte avec les emporte-pièces. On pouvait en goûter un ou deux, en fin de soirée, encore chauds et saupoudrés de sucre à glacer. Accompagnés d’un verre de porto, quand j’ai eu l’âge de pouvoir en boire.
Une fois que le projet de faire des beignes s’est concrétisé, Denauzier en a profité pour acheter une friteuse, que nous désirions compter dans notre trousseau depuis un bon moment. Pour faire comme papa, j’avais envie d’être aux commandes de notre nouvel engin, et c’est ce qui est arrivé. Ma cousine s’est occupée du mélange, qui devient très difficile à battre au fur et à mesure qu’on ajoute de la farine. Tantine, ici, était affectée à l’ajout de la farine à coups d’une demi-tasse à la fois. C’est une des raisons pour lesquelles nous avons accueilli mon mari si chaleureusement, à peine venait-il de mettre le pied dans la maison. Il nous a battu ça en deux temps trois mouvements avec la grosse cuiller de bois.
Nous étions bien organisés. Avant l’arrivée de l’équipe cousine/tantine, nous avions apporté une table pliante pour ne pas salir et érafler peut-être notre immense table dans la salle à manger; sorti les ingrédients pour que les œufs, notamment, soient à la température de la pièce; installé la friteuse –et lu le petit guide au préalable, etc. J’avais aussi préparé saumon et fenouil gratiné pour qu’on puisse travailler le ventre plein.
Ma cousine, Denauzier et moi avons à peu près le même âge, soixante, mais tantine en compte vingt-deux de plus. Eh bien ma tantine, toute menue qu’elle est, est restée debout pendant toute la première partie du projet pour tailler à l’emporte-pièce. Car il y a eu deux parties. En cours de route, étant donné que ça allait bien, et pensant à toutes les personnes auxquelles on pourrait donner des beignes, j’ai proposé à ma cousine de faire un deuxième mélange pour doubler notre production, plus de deux cents beignes.
– On en profiterait, ai-je dit, pour tester des saveurs. Dans un premier tiers de pâte, on pourrait ajouter de la cannelle, un autre tiers du gingembre et poivre de cayenne, on pourrait aussi essayer le cacao…
Étant donné que tantine n’entend pas bien, ce projet de deuxième volet, accepté par ma cousine, lui a échappé. Quand elle nous a vues ressortir les ingrédients et resalir les grands culs de poule pour la deuxième production, elle s’est exclamée Encore ?, sans pour autant s’arrêter.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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