Jour 542

Cours-desir-1-pendant-inondation-1910

Il faut prononcer « Deusir ».

Cette fois, mon interruption d’écriture a été causée par notre séjour en Abitibi. Nous nous sommes déplacés pour honorer un triplé familial : funérailles le samedi après-midi, anniversaire  le même soir, baptême le dimanche. Ça fait beaucoup de sandwiches, de café dans des verres de styromousse et de gâteau à la vanille. À travers ça, mon mari avait des affaires professionnelles à régler, et nous avons bien sûr visité des amis.
J’avais apporté mon ordinateur, et Denauzier le sien, mais nous ne les avons guère utilisés. Lors de mes moments libres, qui ont été plutôt rares, j’ai préféré, à la place d’écrire, poursuivre ma lecture des Mémoires d’une jeune fille rangée. Je lisais au lit en attendant mon mari qui prolongeait la soirée. Deux fois pendant notre séjour j’ai voulu sortir et affronter l’hiver en marchant dans la nature, mais je n’en ai pas eu le courage, alors là aussi j’ai lu.
Un soir, je ne sais pas comment ça se fait, entre deux pages de mon livre, je me suis mise à penser à cette animatrice qui avait autrefois son émission à la radio sur France-Inter, dans les années 80. C’était une émission matinale de musique classique, si je me rappelle bien. J’imagine que c’est un passage du livre de Simone qui m’a transportée à Paris, et que de là je me suis, comme je le fais tout le temps, projetée dans mon passé, celui de ma vie d’étudiante en France.
– Comment s’appelait cette animatrice ?, me suis-je demandé, tout en sachant que je ne trouverais jamais la réponse. Elle est peut-être morte ? Si elle n’est pas morte, elle n’est plus jeune jeune, ai-je aussi pensé.
J’ai feuilleté machinalement mon livre. La première partie des mémoires couvre le jeune âge de Simone, quand elle était une élève du cours Désir. La deuxième partie couvre l’adolescence. Je venais de terminer l’enfance et je m’apprêtais à entamer l’adolescence quand je me suis mise à penser à cette animatrice.
Butant une fois de plus sur un nom qui m’échappe, déplorant intérieurement ne plus avoir de mémoire, je me suis soumise à l’exercice de retracer, dans l’ordre, ce que nous avions fait depuis notre départ de la maison, mercredi dernier. Je me suis rendue sans problème jusqu’au vendredi matin, jusqu’à ma conversation avec la femme d’un ami de Denauzier qui vient de se mettre au tricot.
– Connais-tu cette technique, lui ai-je demandé, qui consiste à tricoter un petit carré, puis toutes les lignes que tu ajoutes sont tricotées à même chacun des côtés du petit carré ? De sorte qu’à la fin, tu peux avoir tricoté une immense couverture et le petit carré se trouve en plein milieu de la surface ?
Je sentais que ce n’était pas très clair.
– C’est une technique qui porte un drôle de nom, peut-être un nom emprunté au domaine de la marine ? De la marine militaire…, ai-je encore ajouté, avant de décider de me taire pour ne pas m’enfoncer davantage.

 

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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