Jour 625

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Mon cinquième et dernier fond obtenu en faisant couler du vernis à ongles sur du papier Canson.

J’ai été habitée cette nuit par un rêve qui confirme à l’évidence que je me porte très bien. Que j’ai trouvé ma voie. Que je me pardonne. Que je m’accepte telle que je suis. Que je m’aime, etc.
J’étais avec le premier amoureux de ma vie. Nous nous sommes connus j’avais quatorze ans, lui quinze. Je rêve à lui régulièrement depuis ce temps, ça fait donc quarante-cinq ans de fréquentation nocturne. Il a toujours occupé le rôle du bon, dans mes rêves, peu importent les scénarios. J’étais forcément, assurément, systématiquement la méchante. Ces dernières années, cela étant, je me suis mise à rêver que nous entretenions un rapport plus égal, nous étions tous les deux bons, et s’il était en avance dans sa capacité de bonté, je cheminais à bon rythme et la distance entre nous s’amenuisait.
La nuit dernière, cet homme, qui a maintenant soixante ans, me faisait lire une lettre. Il ne voulait pas que je la commente tant que je ne l’aurais pas lue au complet. Elle était drôlement construite, à base de dessins longs comme des bras qu’il fallait déplier, on aurait dit un plan pour découvrir un trésor, un message caché et codé, qui se voulait bien entendu anonyme. Je constatais que ce stratagème de pliures, de dessins et de mots étranges avait pour but d’avertir une tierce personne, masculine, que le poste qu’ils convoitaient tous les deux, un poste de professeur à l’université, lui était destiné, je parle de mon ancien amoureux. Sur un des feuillets de la lettre se côtoyaient deux carrés noircis au crayon de plomb, un sous lequel il était écrit Ce poste est à moi, et l’autre sous lequel il était écrit Ce poste n’est pas à toi. Mon amoureux du temps de notre jeunesse avertissait ainsi le deuxième intéressé qu’il ne devait pas poser sa candidature.
– Tu ne veux pas envoyer ça ?, m’étonnais-je tout en m’exprimant d’une voix douce. Ce n’est pas une bonne idée ! Ça ne te rendra pas service ! Et que fais-tu des autres candidats de partout dans le monde qui voudront eux aussi postuler ? C’est sur la base de l’entrevue, de tes publications et de ta compétence que tu obtiendras le poste, ce n’est certainement pas en envoyant des lettres de pseudo menaces à des compétiteurs, etc.
Mon ami me regardait sans broncher. Je ne devinais pas ce qu’il pensait. J’ajoutais alors, pour m’excuser de m’être un peu emportée, et parce que je n’avais énoncé que des évidences, que j’exprimais là ce que je pensais et que bien entendu je pouvais me tromper.
– Ton avis est important pour moi, me répondait-il. Tu as du jugement et je désire tenir compte de ce que tu exprimes.
Cette phrase de velours m’enrobait délicieusement et me faisait réaliser que j’étais devenue, comme par enchantement, en l’espace de quelques secondes, la compagne de cet homme bon, la compagne aussi bonne qu’est bon ce compagnon qui m’habitera toujours.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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