Jour 651

10BoucleSanFran

Il est imprimé Made in Taiwan à l’intérieur.

J’ai une belle histoire à raconter autour de ce bijou, une boucle d’oreille en imitation d’or blanc et jaune. Nous sommes en 1992. Jacques-Yvan et moi avons été séparés cinq semaines par des obligations de part et d’autre et voilà arrivé le jour de nos retrouvailles. Je porte mon éternelle robe noire de l’époque, très simple, aucune fioriture, décolletée aux épaules, avant arrière. Je la garnissais, été comme hiver, d’une ceinture large en suède noir, agrémentée de deux sangles cousues une à côté de l’autre, une kaki et une bourgogne, qui retenaient l’extrémité de la ceinture. J’aimais la robe, la ceinture, et les deux avaient du style.
Nous étions je pense chez mon oncle qui m’avait hébergée une partie de l’été, rue De Lorimier. Je dormais sur un petit lit de camp, dans la partie de la pièce double de ces anciens appartements faits en long, partie de la pièce double qui n’était pas fenestrée. Comme il faisait très chaud, nous laissions les portes grandes ouvertes et je me faisais réveiller la nuit par les camions. Mon cousin était avec nous dans l’appartement, y vivant avec son père, et mon autre cousin vivait à l’étage. Bref, je me retrouvais en famille.

cdf7ad63d673e7a4b8dd9825aeb39362

Marc Chagall, 150 x 136,5 cm, huile sur toile de lin, 1938-1939

Nous sommes assis à la table de la cuisine, Jacques-Yvan et moi, nous nous regardons, nous parlons, nous nous tenons la main. Je sors une enveloppe de mon sac qui ne devait pas être loin car j’ai eu l’idée de lui offrir une carte pour lui exprimer mon amour. Sur la carte, une reproduction des Mariés de la Tour Eiffel, de Chagall. Jacques-Yvan ouvre l’enveloppe, lit mes mots, et comme il est très facilement ému, peut-être que ses yeux se brouillent un peu. Venant je ne sais d’où, probablement de la poche intérieure de sa veste, il me tend à son tour une enveloppe. Il a eu la même idée que moi, m’offrir une carte. Je l’ouvre, je sors la carte, c’est la même, les Mariés de la Tour Eiffel. Je prends quelques secondes avant de l’ouvrir car je ne comprends pas ce qui m’arrive. Comment la carte que je viens de lui offrir peut-elle se retrouver entre mes mains, offrant à lire ses mots et non les miens ? Et qu’est-ce qu’il y a dans la carte ? Je remarque une bosse, deux bosses, en fait.
– Ouvre-la !, m’encourage Jacques-Yvan de son filet de voix –parce qu’il n’a toujours eu qu’un filet de voix.
Je l’ouvre et les boucles d’oreilles tombent sur mes cuisses, sur ma robe.
Jacques-Yvan ne me connaissait pas assez « dans le détail » pour savoir que j’ai les oreilles percées depuis l’âge de cinq ans, alors il m’a acheté des boucles pour oreilles non percées. Je ne les ai pas portées autant que je l’aurais voulu parce que, même avec un coussin de caoutchouc conçu pour procurer un peu plus de confort, elles m’écrasaient les lobes d’oreilles.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s