Jour 667

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Ça ressemble un peu à la grosse machine à laquelle j’ai eu affaire.

Comme je n’ai pas publié de texte hier alors que nous étions lundi, jour de semaine, jour d’écriture, je me suis dit que j’allais me reprendre aujourd’hui mardi en écrivant deux textes. Mais je me sens paresseuse et j’ai envie de m’abandonner à cette paresse, alors je me limite à un texte.
Peut-être que je me suis offert un congé d’écriture hier pour me récompenser d’avoir fait la mammographie des quinquagénaires en après-midi. La deuxième mammographie, en fait, parce que j’en ai passé une il y a quelques jours seulement.
J’avais pris la peine de mentionner à la dame aux commandes de l’appareil d’imagerie que j’avais un kyste sur le sein gauche, là, le voyez-vous ? Il crée une petite protubérance sous la peau. C’était ma manière de vérifier, en fonction de l’air qu’allait prendre le visage de la dame, si je lui annonçais quelque chose de grave ou de pas grave.
– Pourquoi vous me dites ça ?, s’est-elle étonnée.
– Bien, pour vous permettre de vérifier que votre image est réussie, ai-je improvisé, dans le sens que si on ne voit pas le kyste, ça veut dire que l’image n’est pas complète ? –je n’ai pas osé dire « pas bonne » pour ne pas la vexer.
La dame m’a regardée en soulevant un sourcil et n’a rien répondu.
– Ce n’est pas la première fois, ai-je ajouté, beaucoup moins sûre de moi, que j’ai une petite calcification dans cette région-là.
J’allais ajouter que la fois d’avant, la calcification était plus grosse, mais je n’en ai pas eu le temps.
– Des calcifications dans les seins, ça n’existe pas, a-t-elle dit sèchement.
– Ah bon ?! Pourtant, il me semble…
La dame n’a rien ajouté et le restant de notre séance s’est déroulé dans le silence, hormis les indications qu’elle devait me donner quant à ma posture. Levez le bras, mettez votre main là, avancez les pieds…
Ça, c’était la première fois.
J’y étais donc, hier, pour la deuxième fois.
Je me suis dit, en faisant la route pour me rendre, que je n’allais pas tomber sur la même dame, puisque la première fois je m’étais présentée de soir à la séance d’imagerie. Le jour, ce doit être quelqu’un d’autre, ai-je pensé –ou plutôt espéré. Mais c’était la même dame.
– Je ne sais pas si vous vous rappelez de moi, ai-je commencé, nous nous sommes vues il n’y a pas longtemps.
– Vous savez, avec le nombre de patientes que je rencontre dans une journée…
Je le sais, qu’elle voit des femmes en masse, mais je pensais que ma cicatrice et mes agrafes proéminentes me donnaient une marque distinctive.
– Vous êtes ici aujourd’hui, a-t-elle enchaîné, parce que le radiologiste a demandé des images supplémentaires pour étudier de plus près une petite calcification que vous avez sous l’aisselle.
– Une calcification ?, ai-je répété.
– Oui, nous allons prendre quelques clichés du sein droit seulement.
– Mais vous m’avez appris, la dernière fois, que les calcifications dans un sein ça n’existait pas ?
– Ce n’est certainement pas moi qui vous ai dit ça !, a-t-elle répliqué.
Pour ne pas passer le reste de la séance à ne faire qu’obéir, j’ai entamé, tête dure, un essai de conversation.
– Vous travaillez de jour et de soir ?, ai-je d’abord tenté.
– Mettez la main sur la poignée, a-t-elle répondu, et cessez de respirer.
Au même moment, mon téléphone cellulaire a émis un signal sonore, c’était Emmanuelle qui me donnait des nouvelles de son entrevue pour un emploi d’été. Je venais de recevoir quelques textos d’elle et je savais que les nouveaux textos constituaient la suite de son histoire.
– Ma fille est à la recherche de son premier emploi d’été, ai-je commencé.
Je voulais préciser qu’elle était à la recherche du premier stage effectué dans son domaine d’études, en ce sens que ça fait déjà quelques étés qu’elle travaille dans des camps de jour, mais je n’ai pas jugé nécessaire de me lancer là-dedans.
– C’est passionnant !, s’est-elle exclamée. À leur âge, les jeunes ont du temps devant eux ! Ils sont en train de construire leur vie. En quoi étudie-t-elle ? Quel âge a-t-elle ? C’est normal qu’elle ait été stressée, a-t-elle ajouté, si elle ne l’a pas été, ce n’est pas bon signe. Et patati et patata.
Si c’est moi que la dame n’a pas aimée, je me console en me disant qu’elle semble avoir aimé ma fille.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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