Jour 718

la-tuque-pompon-gstaad

Il portait une tuque bleue.

Hier après-midi je suis entrée dans une boutique, à Joliette, pour m’acheter une paire de pantalons. Cette année, pour Noël, comme c’est le cas de toute façon depuis des années, je vais alterner entre une tenue robe pour les soirées, et une tenue pantalons pour les brunches. Noirs. J’ai déjà la robe, je suis à la recherche des pantalons. J’avais du temps devant moi, une bonne heure avant d’aller nourrir papa au CHSLD. Je sortais de la cabine, vêtue d’un premier pantalon, quand un homme de peau noire –pour aller avec le pantalon que j’essayais– s’est approché de la vendeuse.
– Je voudrais acheter ça, a-t-il dit en français, en pointant les branches de faux sapin qui décoraient le mur en cette période de Noël.
– Vous voulez acheter quoi ?, s’est étonnée la jeune femme d’un air peut-être contrarié.
– Il veut acheter des décorations de Noël, lui a expliqué une deuxième vendeuse qui se trouvait non loin.
La réponse de la deuxième vendeuse était un peu sèche. Il est vrai qu’il y avait plusieurs clients entrés dans la boutique en même temps. Il est vrai que j’étais peut-être la seule à avoir tout mon temps. Il est vrai que le client n’était pas très explicite, se contentant de pointer en direction du mur, en utilisant un pronom démonstratif on ne peut plus vague pour désigner l’objet de son désir.
Mon visage a été traversé d’un beau sourire quand j’ai compris que l’homme ne savait pas qu’il se trouvait dans un magasin de vêtements. Je me suis dit qu’il venait probablement d’arriver au Québec. Il portait une tuque bleue surmontée d’un gros pompon, et un manteau long de feutre gris comme on en voit plein aux comptoirs de l’Armée du Salut, mais aucun dans les magasins. Les vendeuses l’ont rapidement orienté vers le Dollarama du centre-ville et l’homme est reparti.
Étant donné que je souriais toujours, la vendeuse a interprété que le pantalon me convenait.
– Voulez-vous en essayer d’autres ?, a-t-elle demandé.
– C’était poétique, vous ne trouvez pas ?, ai-je répondu, sachant à l’avance qu’un fossé de quelque quarante ans me séparait de la jeune femme, et qu’il faut être de mon côté du fossé pour trouver poétiquement ingénue la question d’un homme reconnaissable entre tous au pompon de sa tuque bleue.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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Une réponse à Jour 718

  1. Jacques Richer dit :

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