Jour 720

home_gruen-anselm-noerdlingenJe me sens plus à même de savourer le silence face à mon écran écrivant mon blogue, bercée par le tic tac sonore de mon réveille-matin, que dans la nature sauvage où règnent pourtant en maîtres le calme et la paix.
Un chemin de 4,5 kilomètres sépare notre chalet de la route menant à la Manawan. La route n’est que partiellement entretenue l’hiver, tandis que le chemin ne l’est pas du tout. Ça demande une certaine organisation : on laisse le camion sur le bord de la route, on sort la motoneige de la remorque tirée par le camion, on installe un traîneau à la motoneige, on met notre équipement dans le traîneau, on le couvre d’une toile, on part. Au retour, on fait l’inverse.
Mon intérêt principal, dans notre vie de fin de semaine au chalet, se concentre sur ce chemin de 4,5 kilomètres couvert de neige en hiver, couvert de sable en été. J’adore y marcher. L’été, je me rends assez facilement jusqu’à la route pour la Manawan, cumulant ainsi un résultat de 9 kilomètres sur mon Fitbit qui, immanquablement, me félicite. L’hiver, je m’efforce de marcher jusqu’à ce que se termine le faux plat qui s’étire sur 2,7 kilomètres, donc sur 5,4 kilomètres aller/retour. De fois en fois, je me dis que je vais marcher jusqu’au plateau qui s’installe après le faux plat, histoire de vérifier si mon système cardiaque est d’attaque. À l’aller, j’essaie de ne pas trop m’arrêter et de maintenir un bon rythme. Au retour, je me laisse descendre, je flâne un peu, j’observe, je respire en ouvrant ma cage thoracique.
Hier dimanche, j’ai voulu tester l’intensité du silence, j’étais sur ma descente. Je me suis mise à marcher plus lentement. Le silence n’était pas au rendez-vous à cause du mouvement de mes bras qui frottaient sur mon manteau de nylon. Alors je me suis mis les bras en croix, comme le moine Anselm Grün, pour ceux qui s’en souviennent peut-être, mais ce sont alors mes jambes de pantalon, en nylon également, qui ont produit le même bruit. Alors je me suis arrêtée, et c’est le tic tac de ma valve qui a occupé tout l’espace sonore, sur fond d’acouphènes.
Je m’apprêtais à reprendre mon rythme de marche, déçue de n’avoir pas goûté au silence, lorsque deux oiseaux sont arrivés près de moi. Dans la famille de mon mari, on les appelle des pies, mais mes recherches sur Internet me donnent l’impression qu’il s’agit de sittelles à taches jaunes, sur fond gris et blanc, de format géant. Ces pseudo pies sautaient de branche en branche. Je pouvais entendre le mouvement de leurs ailes quand elles s’envolaient, et le son ténu de leurs pattes qui s’accrochaient au bois sec quand elles se déposaient. J’entendais aussi un son à peine audible provenant de leur chant car elles communiquaient entre elles. J’espérais entendre se gonfler leur plumage car je voyais leur poitrine prendre de l’expansion, mais je n’y suis pas arrivée. Oubliant mes acouphènes et mon tic tac interne, l’oreille tendue, j’ai aussi discerné l’écoulement d’un ruisseau. Je suis ainsi restée quelques secondes immobile, les sens aux aguets. Quelques secondes de pleine conscience dans le non silence du moment présent.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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