Jour 729

Je remets en question mon projet d’écriture pendant dix ans, ces derniers temps. J’en ai fait le tour pas mal. J’aime écrire, mais je ne suis pas écrivaine. Si poursuivre encore trois ans et demi l’écriture sur mon blogue ne s’avère qu’un exercice de ténacité, je n’en retire aucun intérêt. J’ai abordé plusieurs thèmes, tous en lien direct avec ma vie. C’est ça le problème, je n’arrive pas à sortir de moi-même. Je me gargarise. J’ai tenté vainement, à maintes occasions, de créer des univers que je projetais dans des personnages fictifs. Je n’étais pas rendue à la deuxième page de ma tentative que je revenais confortablement me glisser les pieds dans mes pantoufles –même si je ne porte jamais de pantoufles.
Au nombre de ces thèmes que j’ai abordés : mon amour pour chouchou, la maladie et le décès de François, ma relation avec mon éditeur, l’achat de mon véhicule, ma rencontre avec Clovis, ma fatigue incommensurable jusqu’à ma chirurgie cardiaque, les progiciels universitaires, le tricot avec Oscarine, la mécanique automobile avec Thrissa, mes conversations avec papa, la description minutieuse et sans intérêt de mes démarches lorsque je peins, mon quotidien à la campagne depuis que je vis avec Denauzier, les techniques de cuisson du jus de raisins, et quoi encore.
– Tu nous laisses la plupart du temps dans la noirceur, déplore un de mes amis. Tu introduis un sujet et tu le quittes tout de suite, ou alors tu y reviens mais pour répéter les mêmes affaires. Tu suggères un événement et l’abandonnes sans donner de détails, tu te cantonnes dans le positif à tout prix et cela finit par nous lasser.
C’est un ami qui me veut du bien et avec lequel j’entretiens, peut-être plus qu’avec d’autres, des conversations franches. C’est un ami artiste qui trouve que je fais du surplace et que je me la coule douce.
Dans le même esprit, je ne sais plus comment peindre. Comment approcher la toile avec spontanéité et me laisser porter par la découverte. J’élabore toutes sortes de consignes dans ma tête qu’il ne me tente déjà plus d’explorer dès lors que j’ai un pinceau ou une spatule entre les mains.
De manière un peu apparentée, je ne sais plus quoi lire. Je commence un livre et je l’interromps en cours de route, sans même me préoccuper de le finir un jour. Ainsi, je n’ai pas lu au-delà de deux cents pages de l’énorme brique qui regroupe les lettres de Mitterrand à Anne Pingeot, je me suis lassée assez vite de la perspective historique avec laquelle Tristan Malavoy aborde les phénomènes actuels de la société dans Feux de position. Je n’ai pas lu la plaquette L’inespérée, de Christian Bobin, que Bibi m’avait prêtée. Je me suis perdue dès le début du roman Emma, de Jane Austen, parce qu’il y a plusieurs personnages qui entrent en jeu et à ne pas lire avec suivi je ne savais plus, à part Emma, qui était qui.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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