Jour 743

J’ai rêvé à mon amie musicienne qui habite en Allemagne. Très élégante sans une once de prétention. Tout ce qui lui glissait entre les doigts s’avérait gracieux. Elle portait un châle rouge qui rehaussait la couleur de ses cheveux bruns qu’elle portait tombant sur ses épaules. Nous étions censées faire de la musique de chambre –je me demande bien quel instrument m’aurait été attribué– avec le patron de la Direction des communications de l’université, le patron autrefois, qui est un homme sympathique, un homme de cœur et un homme de famille. Un homme musicien, apparemment, quoique le rêve ne me fournissait pas d’indice quant à l’instrument qu’il jouait. Un homme de tête, par ailleurs, et un homme sociable. Encore ici, tout ce qui lui glisse entre les doigts fonctionne à merveille.
Qu’est-ce que je faisais avec ces deux personnes qui réussissent tout, moi qui ne réussis pas grand-chose ?
Miraculeusement, je ne me sentais pas inférieure. C’est à peine si la peur du moment où nous allions devoir jouer –sachant que je n’en serais pas capable– me traversait l’esprit. Portée par une musique entraînante qu’on entendait en fond sonore –de la musique populaire–, je dansais sur place tout en échangeant quelques mots avec le directeur. Il m’expliquait qu’on allait reporter d’une demi-heure la pratique de notre quatuor pour nous permettre de nous réchauffer autour du feu. Un poêle à combustion lente dégageait en effet une bonne chaleur à côté de nous. Ma musicienne et moi choisissions de nous asseoir une à côté de l’autre, dirigeant nos pieds vers la chaleur. À partir de là, il ne me restait plus qu’à me laisser porter par ses paroles. J’entrais en mode observation, en mode accompagnement, en mode passif, comme je sais si bien l’être. Je ne parlais pas beaucoup parce que ce que j’aurais exprimé ne serait pas arrivé à la cheville des belles jambes de mon amie. Plus précisément, je ne parlais pas beaucoup parce que je savais que le moindre mot sorti de ma bouche m’aurait amenée à me demander si ce que je venais de dire était acceptable, intéressant, à la hauteur de mon interlocutrice. Cependant, le directeur qui s’activait autour de nous, qui coordonnait des affaires, venait nous voir pour nous dire, ou plutôt pour me dire, à moi, que cette toile qui apparaissait subitement dans notre champ de vision, dans la pièce où nous réchauffait le poêle à combustion lente dans une salle de réunion de l’université, que cette grande toile faisant plusieurs mètres carrés méritait qu’on l’observe.
– Il y a beaucoup de bleu, c’est monochrome, disait le directeur, tandis que toi, Lynda, tu privilégies les couleurs.
Je ne savais pas, bien sûr, comment interpréter ses paroles. Me suggérait-il d’aller vers moins de couleurs ? Voulait-il partager avec moi un intérêt commun ? Voulait-il me faire savoir, par sa remarque, qu’il était au courant que je peignais ?
Comme j’étais assise, je ne pouvais plus me dandiner sur le fond de musique qu’on entendait encore, mais je sentais alors, au fond de moi, que cet homme, sans me connaître vraiment, appréciait mon attitude positive dans la vie. Je me sentais perçue par lui comme une personne qui dégage de la bonne humeur, de l’optimisme. Une nature joyeuse.
Savourant la chaleur et le confort de l’endroit, mon amie allemande devenait plus volubile. Avec un enthousiasme qui me surprenait, elle m’annonçait qu’on ne pratiquerait pas et qu’on se contenterait de se tenir au chaud. Le patron, observait-elle, avait trop à faire pour être en mesure de se libérer. Pour accentuer ses propos, elle faisait un geste furtif de la main en direction du patron. Je remarquais alors à quel point sa main était blanche. J’aurais voulu la saisir pour la contempler tellement je la trouvais belle.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s