Jour 783

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La publicité me faisait dos dans le magasin Mary’s Popcorn. Mon doigt a appuyé de lui-même sur le déclencheur de mon appareil photo quand je l’ai aperçue.

Pendant que je m’extasiais le long de la rue des Remparts, papa aménageait dans ses nouveaux locaux au CHSLD de St-Jacques. Il y est pour quelque temps seulement, en attente d’une place permanente ailleurs dans la région. Dans les circonstances, j’ai envisagé –trois secondes–de ne pas aller en vacances à Québec pour me tenir proche de mes frères et sœur, mais finalement je suis allée m’épivarder et je pense que j’ai bien fait.
Je pensais à ce séjour récent dans la vieille ville pendant que je marchais ce matin sur mon tapis exerciseur. J’essayais de trouver la raison qui m’a fait me sentir si bien, comme si je planais au paradis. Était-ce le soleil auquel on a eu droit le jour de notre visite aux Remparts quand on sait que notre été a été pluvieux ? Était-ce le confort du AirBnB ? Ou sa localisation, à huit secondes à pied de l’escalier qui mène à la rue Petit-Champlain ? Était-ce le fourmillement des touristes et les jongleries des amuseurs de rue ? Était-ce la compagnie des amis anglophones qui savouraient de toute évidence leur séjour avec nous ? Était-ce le simple fait d’avoir à ma disposition encore un bon quart de vie sur terre pendant que papa en est à sa proche fin ? Était-ce le désir de m’étourdir pour ne pas me rendre compte que chaque seconde vécue me rapproche de ma propre fin ? Était-ce un retour aux sources vécu à travers un corps, le mien, qui est maintenant capable de savourer ? Est-ce que je ne décuplais pas mon plaisir pour me rattraper ? J’appréhendais quand même un peu ce séjour de quelques jours de nos amis quand on sait à quel point je parle mal l’anglais. Or, bien que parlant mal l’anglais et bien que cherchant mes mots à tout bout de champ, je ne me suis pas sentie limitée, je n’ai pas eu l’impression de n’avoir que cinq ans d’âge mental, et je ne me suis pas sentie épuisée, mais ressourcée, par le côtoiement de cette autre culture. Était-ce le fait de ne pas me découvrir épuisée qui me donnait des ailes ?
Du temps que mon ami André était vivant, mon ami André de St-Raymond-de-Portneuf, j’étais allée passer une journée dans le Vieux-Québec, sur les traces de mon passé. Il faisait très beau, c’était l’été, les touristes fourmillaient comme ça ne se peut pas. Les amuseurs de rue égayaient les lieux en masse. J’étais revenue épuisée chez André le soir, pourtant je n’avais pas eu à parler l’anglais…
Lorsque je mâche de la gomme, je n’en mâche pas un morceau mais six. Lorsque j’aime une chanson sur un CD, je ne l’écoute pas une fois mais vingt. Lorsqu’on lévite autant que j’ai lévité, est-il opportun de retourner vérifier que la magie opère toujours ? La réponse, il me semble, est non, mais mon penchant épicurien pourrait m’amener à faire le contraire, j’ai conservé les coordonnées du gîte…

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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