Jour 803

Emma et son grand-papa, version masculine de Vanessa

Chouchou et papachou, quand il pouvait encore se tenir debout

Je me demande si l’idée qui m’a effleurée de tout frotter vigoureusement, de la chemise et de la tunique, dans mon rêve de l’avant-dernière nuit, n’exprime pas mon désir que papa en finisse vite de son état de grande douleur et de vulnérabilité. En finir une fois pour toutes avec les taches comme on en finit sans possibilité de retour avec la vie. Facile avec les taches, moins facile avec la vie.
Lorsque son corps malade l’abandonnera, je ne pourrai plus entendre la voix de papa et trouver délicieuse sa manière de s’exprimer. Il a toujours excellé dans le maniement des mots et j’ai encore ici tendance à penser que mon inclination pour l’écriture me vient de lui. Quand je lui ai demandé s’il trouvait que son lit était trop court, c’était avant tout pour savourer la prosodie de son langage. Il m’a regardée, les yeux ronds comme à chaque fois qu’il s’apprête à exprimer quelque chose d’important, et m’a dit, exemple à l’appui en créant un espace d’un pied entre ses mains :
– Je veux l’allonger d’un pied.
– Ce n’est pas un peu court ? Tant qu’à te lancer dans la construction d’une rallonge, ce ne serait pas mieux qu’elle soit plus longue ?, ai-je demandé en créant un espace de deux pieds entre mes mains.
– Non ! C’est bien trop long !, a-t-il répliqué en tournant la tête à gauche et à droite.
– Tu cherches quelque chose ?
– Je cherche les outils.
Après m’avoir dit que la rallonge n’aurait qu’une valeur esthétique pour que ce soit plus beau, il m’a demandé de le laisser seul.
– Tout le monde veut m’aider, apparemment c’est pour mon bien, mais je préfère être seul.
– Je vais lire dans le salon à ce moment-là, lui ai-je répondu, et si tu as besoin de moi tu m’appelleras.
– Ça me fait plaisir, a-t-il conclu.
Je l’ai entendu bardasser un peu –en ayant peur qu’il tombe– avant de deviner qu’il avait réussi à s’asseoir sur sa chaise droite à côté de son lit.
Si je peux reconnaître des bribes de ma vie éveillée dans mes rêves, il est d’autres passages qui s’avèrent des mystères. Ainsi, pourquoi la chaussure gauche était-elle plus large, plus affaissée que la chaussure droite ? Était-ce une banale référence à la déformation de mes pieds qui requiert l’usage des orthèses ? Était-ce une manifestation de la peur qui me visite parfois, à l’effet que mes pieds ne soient plus capables, un jour, de me laisser marcher comme je le fais à la campagne et sur le tapis exerciseur ? On associe le côté gauche du corps au côté cœur. La chaussure déformée du côté gauche me rappelle-t-elle que mon cœur a été opéré et qu’il est, de ce fait, moins performant ? Et si les chaussures étaient plutôt en lien avec papa, est-ce qu’elles pourraient représenter, tout simplement, et quand on sait qu’il a le cœur très faible, qu’il traîne de la patte ? C’est trop primaire, presque bête. La chaussure gauche, il ne faut pas l’oublier, et j’y reviendrai peut-être, contenait du sable aux reflets dorés…

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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