Jour 837

Voici comment les choses se sont déroulées. Cet hiver, j’ai aidé les grandes pattes d’ours à écrire son CV et des lettres de candidature. J’ai soumis les CV et lettres aux organismes par voie électronique. Les démarches se sont arrêtées là, car mon frère n’a reçu aucune invitation à se présenter à quelque entrevue que ce soit. Comme il prenait sa démarche au sérieux, il était même allé se faire couper les cheveux pour bien paraître en entrevue. Le temps a passé.
Il n’y a pas longtemps, les pattes d’ours m’a fait signe pour me dire qu’il aimerait m’inviter, de même que Denauzier, à souper quelque part pour me remercier. La soirée du remerciement a eu lieu hier, à Ste-Julienne. Ça faisait longtemps que j’avais vu mon frère, de même que sa compagne, et nous étions excités, mon mari et moi, à l’idée de les retrouver. Nous avons passé une très belle soirée. Une première moitié de la soirée s’est déroulée dans un restaurant, à Ste-Julienne, je viens de le mentionner.  Ensuite, mon frère nous a demandé si nous avions envie d’aller terminer la soirée chez lui, à Joliette. Nous y sommes allés, Denauzier et moi dans ma Soniquette, les pattes et sa compagne Oursinette dans leur véhicule. C’est ici que l’histoire commence.
– Tu sais par où passer ?, a demandé mon frère à mon mari.
– Oui, je tourne à gauche après le Shell, de toute façon je vais te suivre.
– OK, a répondu mon frère.
J’étais contente car nous empruntions un chemin nouveau, dans la mesure où je vais très souvent à Rawdon avec tantinette en empruntant toujours le même chemin, et ça faisait changement, hier, d’être dans le même secteur mais sur une autre route.
– C’est beau, regarde comme c’est vert tout autour de nous, ai-je dit à deux ou trois reprises à mon mari.
– Je pense savoir où nous allons aboutir, m’a dit mon mari au bout d’un moment. Nous allons aboutir à la maison où il y a un petit nègre sur le terrain, dans le tournant de la route.
Je savais à quelle maison correspondait la présence du petit nègre sur le terrain, mais comme je n’ai pas le sens de l’orientation, je ne me représentais pas bien comment nous allions rejoindre cette maison, dans le tournant de la route, par rapport au rang sur lequel nous roulions. Puis, nous sommes arrivés à un croisement, nous nous sommes arrêtés comme l’exigeait le code de la route, et c’est à ce moment-là seulement que j’ai réalisé à quel endroit nous étions.
– Nous aboutissons ici ?, me suis-je exclamée, véritablement excitée.
– Oui, tu ne t’y attendais pas ?, m’a demandé mon mari.
– Pas vraiment.
J’étais très excitée parce que le chemin que nous venions de parcourir en voiture correspond à un chemin que je n’avais jusqu’alors jamais emprunté, bien que je l’aie vu des centaines de fois. Dans mon adolescence, sur le trajet entre la maison et l’école que nous parcourions en voiture tous les jours de la semaine avec mon père, ma sœur et mes deux frères, nous croisions ce chemin, qui se greffe à la route principale sur laquelle nous roulions matin et soir.
– Qu’est-ce qu’il y a de si excitant à découvrir un chemin nouveau ?, m’a demandé mon mari.
– C’est qu’il y a plusieurs années, ai-je expliqué à mon mari, j’ai rêvé qu’Emmanuelle, âgée d’à peine un an et demi dans mon rêve, devait emprunter seule ce chemin pour se rendre dans une maison dont je savais que les gens y habitant étaient fous, déséquilibrés, anormaux, imprévisibles, déstabilisants, etc.
– Et ?, a demandé mon mari pour mettre fin à ma série d’adjectifs.
– Et j’avais peur qu’Emmanuelle ne ressorte pas vivante de cette maison. J’avais peur qu’elle en ressorte ébranlée et contaminée, fragilisée par la maladie mentale.
– Et ?, a répété mon mari.
– Elle en ressortait indemne, égale à elle-même, stable, pas du tout craquelée comme je peux l’être moi-même dans certaines occasions.
Mon mari n’a pas posé de question par rapport aux craquelures qui nous auraient amenés sur un autre terrain.
– Je suis enchantée d’avoir roulé sur ce chemin, ai-je conclu, savourant par le fait même le réconfort que j’avais ressenti lors de mon rêve.
Le réconfort de savoir ma fille bien outillée pour vivre sa vie.
Ouf !

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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