Jour 852

Les rosaces sont un exercice de persévérance, je suis experte là-dedans, mais aussi de lâcher prise. Je voulais améliorer une portion de la feuille géante dont les petites masses sont couvertes d’ocre et de brun dans un effet de barbouillage qui me désole. Eh bien je ne les ai modifiées qu’à moitié. Je me suis dit que ma feuille géante allait exister parée d’une section pas très réussie parmi d’autres plus réussies, point final.
Hier soir mon mari et moi étions invités à souper chez nos amis. C’est juste à côté, j’y suis allée à pieds, en bonne fitbitienne. Denauzier, de la Beauce où il était, m’appelle pour me dire qu’il ne pourrait se joindre à nous, les ennuis mécaniques d’un hélicoptère le retenant là-bas.
– Je pense en avoir pour toute la soirée, si je dors ici je vais te rappeler.
J’appelle les amis et je leur annonce que mon mari ne pourrait se joindre à nous. Je raccroche. Le téléphone sonne aussitôt. C’était mon mari, déjà en route pour ledit souper, les ennuis s’étant miraculeusement arrangés en quelques minutes seulement.
Vers 22 heures nous avons quitté les amis et comme mon mari avait eu une journée très chargée, il n’a pas tardé à aller se coucher. Je suis allée m’installer contre lui. Je n’aurais jamais pu dormir tellement j’avais mangé, alors j’ai lu jusqu’à minuit. À deux heures, bien que couchée, je ne dormais pas encore, le système digestif –et la caféine– me tenant éveillée.
En pleine nuit dans cette grande maison à deux heures et quart, le téléphone a sonné. Mon mari s’est réveillé.
– On ne va pas commencer à recevoir des publicités automatiques en pleine nuit de Las Vegas ou du Chili (ça nous arrive en plein jour), lui ai-je dit alors qu’il émergeait de son profond sommeil.
La sonnerie s’est arrêtée avant que le répondeur démarre. Puis la sonnerie a recommencé. Mon mari s’est levé. Il est allé répondre. C’était sa fille, qui avait des ennuis avec sa pompe et son puits.
– Je regarde ça et j’arrive, fut la réponse de mon mari.
Regarder ça, ça voulait dire trouver une génératrice dans notre garage et vérifier si elle fonctionnait toujours en la faisant démarrer. Il a fallu ensuite mettre la très lourde génératrice dans le camion et ce ne fut pas facile. Nous nous sommes battus avec les roulettes qui s’accrochaient dans le système très très rudimentaire que nous avons inventé pour faire gravir à l’engin les quelque trois quatre pieds de hauteur entre le sol et la boîte du camion.
– Heureusement, ce n’était pas Las Vegas !, ai-je dit à mon mari pendant qu’on forçait comme des bons.
– En tout cas, ça nous fait digérer le souper !, a répondu Denauzier.
Et nous sommes montés dans le camion pour nous rendre chez sa fille comme si de rien n’était, comme s’il n’était pas deux heures et demie du matin, comme si je n’étais pas en robe de chambre et en baskettes sans chaussettes.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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