Jour 862

Nous répondions Oui, oui ! d’une seule voix comme si de rien n’était. Plus ça allait, plus l’heure de notre prestation approchait. À la dernière minute, j’allais voir Ludwika pour lui annoncer qu’elle devrait jouer seule. Je ne ressentais aucune panique, je n’étais que flegme, il n’avait jamais été question à mon esprit que je me soumette à pareille épreuve qui dépassait largement mes maigres capacités.
– Je le savais, me disait-elle, que tu n’étais pas capable de m’accompagner.
– Tu ne sembles pas m’en vouloir ?, m’étonnais-je.
– Cela n’altérera pas notre relation, j’espère ?, me répondait-elle, en me faisant comprendre que nous étions amantes et qu’elle tenait à moi.
– Bien sûr que non, était ma réponse, alors que je ne savais pas, la seconde précédente, que nous avions une liaison.
Je me demandais en outre, en sachant encore une fois que je n’en serais pas capable, si j’allais devoir l’embrasser sur la bouche comme le font les amants.
Dans un brouhaha d’actions, de sons, de mouvements, de paroles, je me retrouvais ensuite dans une boutique en désordre et surencombrée. J’y étais entourée de gens qui me vendaient des couvertures faites à la main, peut-être d’inspiration sud-américaine.
– Tu n’auras qu’à te déguiser avec ces couvertures, me disait une collègue, et à te maquiller. Tu pourrais d’ailleurs porter un chapeau à large bord. Au lieu de jouer de la guitare sur scène avec Ludwika, tu lanceras de grands cris de joie à l’arrivée du refrain, en t’assurant de crier au bon moment, sur le bon temps du rythme. Cela va créer beaucoup d’effet, les gens vont applaudir.
– Pourquoi pas ?, répondais-je, en me disant encore une fois que même ça, crier sur le bon temps du rythme sans avoir à jouer d’un instrument, je ne saurais le faire.
Décidément, je n’ai pas un rôle ni une personnalité intéressants dans ce rêve. Je n’exprime pas le fond de ma pensée à moins d’y être obligée par une patronne qui insiste. Première des choses. En ce sens, je suis poltronne et malhonnête. Quand j’exprime le fond de ma pensée, je n’y vais pas de main morte et mes commentaires négatifs sont excessifs. Tout ou rien. C’est l’histoire de ma vie.
Avec Ludwika, je fais semblant, je suis hypocrite sur toute la ligne. Semblant de vouloir jouer de la guitare et semblant de l’aimer.
En ce qui a trait à mes capacités, c’est toujours pareil, je me retrouve en rêve confrontée à des défis que je ne suis jamais capable de surmonter. Comment ça se fait ?
Quand j’entr’ouvre le rideau sur scène et que j’y vois tant de monde, je me dis que ce doit être merveilleux de déployer ses talents sur scène et de se laisser porter par l’énergie de la foule. Mais ce n’est pas pour moi…

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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