Jour 893

Voilà l'exemplaire que j'ai à la maison, en ce sens qu'avec les années et les rééditions, les couvertures ne sont pas les mêmes.

Voilà l’exemplaire que j’ai à la maison, en ce sens qu’avec les années et les rééditions, les couvertures ne sont pas les mêmes.

Voyez comme je suis incurablement orgueilleuse. J’ai réglé hier le problème de la boîte de livres qui traînait sous ma grande table, dans mon bureau. Pendant que je peignais mon Flibustier au chapeau stylisé, le week-end dernier, je n’arrêtais pas de m’accrocher les pieds dans la maudite boîte, alors dès que j’en ai eu fini du flibustier j’ai décidé de la vider. J’ai placé les livres là où j’ai pu parce que les bibliothèques sont déjà pas mal pleines. Ce faisant, j’ai marché le plus possible d’une pièce à l’autre pour augmenter mon nombre de pas, maintenant que je suis programmée pour en faire 10 000 par jour avec mon beau bracelet Fitbit. Pour donner un beau style à la chambre d’amis –et pour monter les escaliers qui y mènent–, pour donner à la chambre d’amis le style d’une maison habitée par des gens cultivés, j’ai déposé une petite pile de livres sur la table de chevet. Je suis tombée, en faisant ainsi ma distribution, sur le livre Les mystères de Pittsburg, de Michael Chabon.
Je me rappelle très bien la raison pour laquelle j’ai acheté ce livre en 1988. J’avais découvert l’auteur à la télévision, il participait à l’émission littéraire Apostrophes, animée par Bernard Pivot. Beau, jeune, mince, grand, élégant, il y présentait son premier roman. Comme je découvre sur Wikipédia que Michael Chabon est né en 1963, je peux affirmer qu’il avait un petit vingt-cinq ans lors de son passage à la télé. J’avais acheté son livre peu de temps après, uniquement pour le comparer au mien, au mien que je n’avais pas encore écrit mais que j’allais écrire dans les prochains mois. J’arrivais à cette époque de mes trois années d’études à Aix-en-Provence et il ne faisait nul doute, dans ma tête, que j’allais devenir écrivaine –parce que je ne voyais pas ce que j’aurais pu devenir d’autre ! J’allais devenir écrivaine par magie, par enchantement, puisque je n’écrivais pas.
Donc, pour en revenir à mon orgueil incurable, je me suis dit, à la vue de ce livre que j’ai acheté il y a presque trente ans et que JE N’AI PAS ENCORE LU, je me suis dit que personne n’avait entendu parler, depuis, de Michael Chabon, et qu’il avait publié tout juste un livre de jeunesse, comme moi qui n’ai publié qu’un recueil de nouvelles érotiques, au début de ma trentaine. Il était hors de question, autrement dit, que Chabon ait réussi là où j’avais échoué. Il était hors de question qu’il ait eu une belle carrière dans le très noble domaine littéraire.
Or, Michael Chabon est romancier, nouvelliste, essayiste, scénariste, éditeur. Il a participé à l’écriture de films américains à gros budgets (Spider-Man 2). Il a réussi sa carrière.
Mais ai-je échoué ? Je ne trouve pas. J’ai obtenu une petite réussite littéraire –une publication par une maison d’édition en 1994– qui est proportionnelle, en petitesse, au peu de temps que j’ai passé dans ma vie à écrire. Aurais-je pu écrire plus ? L’avoir vraiment voulu, j’imagine que oui. Mais le problème c’est qu’au cours de ma vie adulte active professionnellement, je ne me rendais pas compte, à travers le travail à l’université et la vie de famille qui me demandaient, en énergie, tout mon petit change, je ne me rendais pas compte que j’avais besoin d’écrire, que cela m’aurait fait le plus grand bien, que cela aurait donné un sens à ma vie. Alors maintenant que j’en ai la force et le temps, j’écris. J’écris à ma manière sans me préoccuper de ce que pourrait bien penser tel et tel éditeur. Et cela, effectivement, me fait le plus grand bien.
Michael Chabon ? J’ai commencé son roman hier soir, pendant que mon mari dormait à mes côtés, j’ai lu les trois premiers chapitres. Avec une vibrante nostalgie, et comme je sais si bien le faire, j’ai récupéré une action de mon passé –l’achat du livre il y a trente ans– pour lui donner enfin un aboutissement. Les élans de jeunesse de l’auteur le poussent à exagérer pas mal, par moments je le trouve difficile à suivre. C’est tout ce que je peux en dire aujourd’hui.

Enregistrer

Enregistrer

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée, publiée dans 2 200 textes en 10 ans, est marquée , , , , , , , , , , , , , . Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s