Jour 895

Je n’ai pas tellement bien dormi pendant que Denauzier était en Abitibi. Une nuit, je me suis entendu crier. C’est la vue d’une petite personne, une enfant blonde, habillée dans un habit d’hiver rose en peluche, qui me causait un émoi tel que j’en criais. Je n’ai pas su qui était cette personne dans mon rêve. Une enfant blonde, cela ne peut me faire penser qu’à moi autrefois ou qu’à ma fille… Une autre nuit, mon corps a été traversé d’un spasme qui m’a fait bondir dans mon lit. Encore là, je n’ai pas souvenir de l’événement, dans mon rêve, qui me faisait réagir de cette façon. La nuit dernière fut plus calme, Denauzier étant de retour. J’ai rêvé que je désirais visiter l’intérieur d’un avion qui s’envolait pour les États-Unis. Je disposais d’un peu de temps pour monter à bord de l’avion et en redescendre avant le décollage. Je découvrais dans l’appareil que les allées étaient larges, il y avait de l’espace, les sièges n’étaient pas tous occupés, les gens avaient l’air heureux, le climat était décontracté, je remarquais que des passagers lisaient, au chaud sous une couverture.
– Je dois m’assurer de descendre avant le décollage, me disais-je, pas tout à fait convaincue cependant que je voulais être descendue de l’appareil à tout prix.
Autrement dit, j’étais prête à vivre l’expérience de me rendre aux États-Unis sans papier, sans passeport, et de me débrouiller pour revenir ensuite.
Au bout de quelques minutes, je réalisais que l’avion, effectivement, incliné le nez au vent, venait de quitter le sol et prenait déjà de l’altitude.
– Que vais-je faire ?, me disais-je dans une fausse peur, consciente que si j’étais vraiment mal prise, je pourrais toujours téléphoner à mon mari.
– Mais il ne sera pas content, il va s’inquiéter, je vais lui occasionner toutes sortes de troubles, me disais-je aussitôt pour me convaincre de me débrouiller seule.
Je rencontrais alors une dame, dans l’avion, de forte stature, de joli visage, cheveux châtains bouclés, dans la quarantaine tout juste. Je lui demandais si elle travaillait à bord de l’avion.
– Et comment !, me répondait-elle. Travailler, dites-vous ? Si vous saviez à quel point on travaille ici, vous ne poseriez pas la question, ajoutait-elle dans un sourire.
– Vous voudrez bien m’aider, à ce moment-là, lui répliquais-je, et me dire ce que je dois faire puisque l’avion a décollé avec moi à bord alors que je n’ai aucun papier, je n’ai pas de sac à main, je n’ai rien.
La dame me faisait comprendre que ce n’était pas très grave et qu’une fois l’avion arrivé tout se déroulerait très bien.
Une fois l’avion arrivé, et ne retrouvant pas la dame qui m’avait parlé, je me glissais dans le flot des passagers et je sortais de l’appareil, ne sachant où aller une fois sortie. Prenant davantage conscience du téméraire de ma situation, je décidais alors de revenir dans l’appareil, mais il n’était pas possible de circuler à contresens des passagers. J’aboutissais dans un abribus, sous la pluie, et soudainement il se mettait à faire sombre, la nuit tombait. Je regardais autour de moi et je constatais que tous les gens étaient de peau noire. Je ne voyais nulle part un comptoir où j’aurais pu m’adresser, les gens allaient et venaient, personne ne pouvait m’aider. Je me faisais alors la réflexion suivante, comme si cela allait améliorer mon sort :
– Je n’aurais pas dû demander à la dame, dans l’avion, si ma situation causait problème. Je lui ai posé une question beaucoup trop générale. J’aurais plutôt dû lui demander, en prévision de ce que j’aurais à faire une fois en territoire américain : Who should I talk to ?

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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