Jour 922

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Je prenais des photos dehors somewhere in BC pendant que mon mari parlait au téléphone dans le véhicule. Décembre 2016.

J’ai rêvé que je sciais l’élu de mon cœur. Rien de moins. Avec une bonne vieille scie égoïne. J’écris l’élu de mon cœur parce que dans mon rêve il s’agissait d’un homme que je connaissais, que j’aimais, mais qui n’était aucun des hommes qui ont pris place, véritablement, dans mon cœur au cours de ma vie. Pour cette raison, je ne peux lui attribuer de prénom.
Avant de me lancer dans ce récit macabre –dont la conclusion offre cependant un rebondissement inattendu–, je voudrais raconter ma journée d’hier, à Montréal.
Je devais me présenter, bien que malade, à mon rendez-vous chez le gynécologue. Pas question de ne pas me présenter à un rendez-vous qui était fixé depuis deux ans. Denauzier, malade aussi, m’a accompagnée. À deux nous avons survécu, mais nous sommes revenus à la maison, en soirée, très fatigués.
À chaque fois, quand mon gynécologue arrive enfin dans la pièce où aura lieu mon examen, je suis en train de lire. Cette fois-ci, c’était le roman Vi, que m’a donné Bibi, de l’auteure de Ru, que je n’ai pas lu. La fois d’avant, il y a deux ans, je ne me rappelle pas de ce que je lisais, mais j’aimerais penser que je lisais L’énigme du retour, de Dany Laferrière, parce que la lecture de Vi m’y a fait penser.
– J’ai presque fini mon livre !, me suis-je exclamée quand il a ouvert la porte.
– Vous seriez arrivé une minute plus tard que je l’aurais tout lu en vous attendant !, ai-je ajouté.
– Parce qu’il faut dire que ça fait deux heures et demie que j’attends, mais je dois reconnaître que je suis arrivée un peu à l’avance. Et que le livre est une plaquette mince, qui se lit vite.
C’est ma manière, maladroite, de le taquiner. Parce que je l’aime.
À chaque fois, idem, c’est le même scénario : il entre dans la petite pièce où je l’attends, vêtue du haut mais dévêtue du bas, il a mon dossier à la main et il tourne les pages. Je le laisse les tourner sans l’aider. Plus précisément, il commence par me regarder pour savoir à qui il a affaire, puis il se met à les tourner :
– La dernière fois que nous nous sommes vus…, commence-t-il.
Je ne réponds pas pour le laisser se dépatouiller.
– Vous portez un Mirena…, ajoute-t-il, en poursuivant du même souffle qu’il est peut-être temps de l’enlever.
– Vous avez ?, me tend-il comme une perche pour que je lui donne mon âge.
Je suis vicieuse et je fais comme si je ne comprenais pas la question. Je lui dis :
– J’ai une fille de vingt ans. J’aurais aimé lui offrir un frère ou une sœur, mais la vie en a voulu autrement.
Il poursuit sa recherche au fil des pages :
– Valve mitrale et Coumadin
– Vous êtes au courant de ça ?, lui dis-je, étonnée –est bien pris qui croyait prendre !
Après avoir observé que mon médecin semble bien se porter, qu’il ne change pas et qu’il est toujours de si bonne humeur, je décide de l’aider :
– Je suis ici pour me faire enlever mon Mirena, c’est le deuxième que je porte et il est arrivé à sa fin de vie. Vous ne vouliez pas vraiment m’en installer un deuxième, mais j’ai insisté. Un peu.
– Tu es donc ménopausée ?, conclut-il en passant au tutoiement.
– C’est dur à dire, après dix ans de Mirena, mais puisque vous le dites…
– Respire bien, je vais tirer et tu vas avoir une crampe, me dit-il.
Car tout en parlant, je me suis installée sur le meuble d’examen, j’ai mis les pieds dans les étriers et j’ai reçu, très froid, le spéculum.
L’opération ne prend que quelques secondes.
– Je te laisse t’habiller et tu me rejoins de l’autre côté, me dit-il.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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