Jour 923

Plusieurs de mes photos américaines sont floues.

Plusieurs de mes photos prises aux USA sont floues.

Je me demande comment ça se fait que je cherche tant ma voie. Que je me demande en rêve ce qui me définit : suis-je une professionnelle, une étudiante, une mère, une tentative d’artiste, suis-je sur le marché du travail ou déjà retraitée ? J’ai l’impression de ne m’être pas réalisée. D’être encore à la recherche de ma raison de vivre. Ma vie ne serait que ce qu’elle a été jusqu’ici ? Aucune mention d’honneur, aucune reconnaissance particulière ? Ça fait plusieurs années maintenant que je fais ce rêve. Je le faisais du temps que je travaillais à l’université, les dernières années.
Une part de moi ne semble pas accepter la vacuité de mon état : je ne travaille plus, pourtant je suis encore jeune, j’ai beaucoup étudié pour aboutir à pas grand-chose sur le plan de la carrière, je suis une semblant de peintre, une semblant d’écrivaine, je suis la compagne de Denauzier dans une relation récente alors qu’à nos âges plusieurs sont en couple –et fiers de l’être– depuis plus de trente ans…
– C’est elle, l’artiste de la famille, a dit papa en me présentant à son ami lors d’un repas au restaurant vendredi dernier.
Je me suis fait la réflexion qu’effectivement on me qualifie comme ça, l’artiste, en raison de mes comportements distraits et de ma difficulté à avoir un esprit pratique.
– Comment m’appellerait-on, si j’étais issue d’une famille dans laquelle on compte de vrais artistes ?, me suis-je demandé.
– L’artiste manquée, bien entendu, fut ma réponse.
On dirait que je ne peux accepter que ma vie ne soit que ça : du temps heureux qui se déroule sans heurts dans une relation aimante avec un homme bon. Du temps heureux à la campagne dans un environnement magnifique. Du temps passé à lire, à écrire, à peindre, à cuisiner, à m’occuper de mes proches. Du temps encore, surtout ces derniers jours que je suis malade, à écouter des films à la télévision le soir.
Plus jeune, mais j’imagine que c’est pareil pour tous les jeunes, je me voyais entamer une carrière prestigieuse, je vivais le temps présent en sentant qu’il ne s’y passait rien parce que le moment d’entamer la carrière prestigieuse n’était pas encore arrivé. Je vivais, donc, en attendant. En attendant que la vraie vie arrive et qu’elle m’éblouisse de ses mille possibilités.
– Voyons voir, me disais-je encore, quelles sont mes carrières possibles. Serai-je musicienne ?, me demandais-je à cette époque de mes premières années au conservatoire de Québec.
Or, le seul fait de m’imaginer jouant de la guitare devant des gens me faisait claquer des genoux. Non, je ne serai pas musicienne, était ma conclusion. Mais alors quoi ? Ai-je des talents ? Je n’avais pas encore vingt ans, à cette époque, et je ne savais pas que j’allais me tourner vers la littérature. Il aurait fallu, pour que ma vie se dessine avec plus d’ouverture, que je prenne conscience de mon fondamental manque de confiance. Il aurait fallu que je le prenne comme partie prenante de ma vie, que je travaille avec lui pour m’en faire un ami. À la place, j’attendais le jour où, me levant de bon matin, ma situation serait miraculeusement changée. Par une opération du saint-esprit, je me lèverais ce jour-là sûre de moi, affirmée, pas arrogante, juste confiante.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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7 réponses à Jour 923

  1. Jacques Richer dit :

    Erreur. Ce ne sont pas tes photos des USA qui sont floues. Ce sont les USA qui sont flous ces jours-ci.

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    • Jacques Richer dit :

      J’ai écris ça avant de lire ton texte. Erreur. Si je l’avais lu d’abord, je me serais abstenu de commenter ta photo. Mais je n’aurais pas su quoi écrire d’autre, n’étant pas fort fort en psychanalyse. Tout ce que je peux dire au bout de ma lecture, c’est que ça me parait triste. Mais pas exceptionnel. Ça me semble être le lot de la plupart des gens honnêtes, sous une forme ou une autre.

      Aimé par 1 personne

  2. Ce que je ressens avec la photo et le texte qui l’accompagne, c’est la solitude que l’on ressent parfois face à l’hiver de la vie. Comme on a peur de regarder en avant, on examine alors le chemin parcouru dans l’espoir de trouver l’embranchement du chemin qu’on a raté.

    Aimé par 1 personne

  3. Paul Vander Plaetse dit :

    Je crois que ce n’est pas très important de réaliser des rêves, ce qui est important c’est d’avoir des rêves en cours de réalisation, c’est ce trajet qui nous mène ailleurs vers ce qui nous attire et qui nous fait découvrir ce qu’il y a en chemin; et qui ouvre notre esprit à de nouveaux rêves! Petits ou grands rêves, peu importe pourvu qu’ils nous fassent avancer…

    Aimé par 1 personne

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