Jour 919

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Toujours au même endroit, BC, Décembre 2016. À l’arrière-plan, j’aime les deux pneus peints en blanc, qui délimitent l’entrée d’une propriété.

– L’an dernier, personne n’était entré dans la maison, disais-je à l’élu de mon cœur pendant que je tranchais son bras en rondelles, en rondelles que je tentais d’obtenir le plus égales possible.
C’était difficile, exigeant physiquement, mais j’y arrivais.
– Cette année, ajoutais-je, j’ai un mauvais pressentiment, il va entrer des gens.
L’homme en voie d’être scié ne répondait pas. Il me laissait venir à bout de son bras, de son épaule, de sa cage thoracique, me tendant même ses membres docilement, puis, n’en pouvant plus, tout en ne se plaignant pas, il se couchait sur le côté, pas trop ensanglanté, et me faisait savoir qu’il désirait se reposer.
– Il espère peut-être, me disais-je, que les tranches se recollent d’elles-mêmes.
– C’est surprenant, me disais-je encore, à quel point on peut avoir l’impression de faire du mal à quelqu’un quand, en bout de ligne, ce n’est pas si pire que ça.
Pour ne pas continuer de me poser mille questions quant à la douleur que je venais d’infliger à l’élu de mon cœur, je choisissais de m’étendre à côté de lui, rassurée, voire heureuse qu’il soit encore en vie.
– Sera-t-il capable de se défendre si on nous attaque ?, me demandais-je aussi, en sombrant à mon tour dans le sommeil.
Je me sortais vite de mon petit repos car je réalisais que la porte du balcon n’était pas camouflée. La camoufler consistait à mettre de gros bouquets devant et derrière la porte, donc dedans et dehors, et à m’assurer que les plantes très hautes de type palmiers n’allaient pas tomber sous l’effet du vent car on avait besoin d’elles pour cacher la porte.
Très vite, une agitation envahissait les lieux et l’élu de mon cœur se retrouvait sur ses pieds pour diriger une partie des opérations. Il était le premier à se rendre compte que la porte extérieure de notre logement avait été dupliquée et que l’objet dupliqué se trouvait dans le corridor, dans le logement. Il s’empressait d’aller ramasser ladite porte, que je savais très lourde, et j’étais surprise de le voir la prendre et avancer avec elle, quoique vacillant dangereusement, jusqu’à un autre endroit du logement.
Mes sempiternelles questions ne manquaient pas alors de fuser dans tous les sens, auxquelles personne ne répondait, si déjà quelqu’un pouvait les entendre, car le tintamarre allait augmentant.
– Comment ça, dupliquer une porte ?, m’insurgeais-je. Parce qu’on pense que le vernis en sera plus frais ? Parce qu’on pense qu’avec du vernis plus frais elle sera plus facile à reconnaître ? Voyons donc ! C’est malin ! Aucune porte ne se ressemble, sur la rue !
Je décidais ensuite de me rendre rejoindre mon compagnon pour m’assurer que tout allait bien pour lui. Je le rejoignais dans un corridor étroit du logement, un peu à l’écart, à un endroit où régnait la couleur jaune. Cruelle et sans cœur, je ne m’intéressais pas à lui parce que je découvrais qu’une personne se trouvait derrière la porte de la salle de bains qui me faisait face. J’ouvrais la porte et, effectivement, je tombais sur notre première ennemie. Les gens de mon clan s’apprêtaient à me féliciter d’avoir capturé notre première prisonnière, quand ils ont constaté, se taisant subitement, qu’au lieu de la traiter durement, avec méchanceté, avec mépris, avec cruauté –puisque j’en étais capable–, je l’enlaçais et m’aventurais avec elle dans le corridor pour la présenter aux autres, gens du clan ou pas du clan.
– Qu’est-ce que tu fais là ? Ça n’a pas de sens ! Cette personne ne doit pas être ainsi accueillie ! Tu as perdu la tête !
Je marchais à travers les gens, au sein de ces remarques, fière de moi. Je me disais que mon attitude imprévisible, contraire au sens commun, allait changer les choses et faire avancer notre société… La jeune femme de la salle de bains, pas folle, qui s’attendait à mourir d’un coup de machette, était elle aussi heureuse de m’enlacer. Je n’osais pas me tourner vers mon amoureux. Je venais de changer de clan, apparemment, dans tous les sens du mot.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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