Jour 925

L’année dernière à pareille date, un ami lecteur m’avait suggéré d’entamer l’année 2016 en faisant le récit des événements de ma vie qui m’avaient menée à l’écriture. Je ne sais jamais comment interpréter ces suggestions : soit le lecteur s’ennuie en me lisant et me donne une chance, avant de m’abandonner, en m’orientant vers une piste qui l’intéresse; soit le lecteur est très curieux de connaître, aimant mes textes et peut-être ma personne, comment j’en suis arrivée à écrire un texte par jour, parce qu’il aime lui-même soit écrire soit lire; soit le lecteur est du genre à suggérer des choses à des amis tout simplement pour leur rendre service. Toujours est-il que je m’étais mise au défi de retracer ma relation avec l’écriture d’une manière angoissée, empreinte de culpabilité, dans le manque de souffle le plus total, ou plus précisément d’un seul souffle, sans respirer entre les mots et les phrases. Je reprenais contact, plongeant dans mon passé, avec mes erreurs, mes faiblesses, mes égarements. J’ai concrétisé le défi, autrement dit, de mon plus vite, juste pour dire que je l’avais concrétisé –désirant peut-être faire plaisir à mon ami ?– et après, débarrassée, je n’y ai plus pensé. C’est un peu le défaut des béliers, ils foncent sans réfléchir. Heureusement, le défaut des béliers vient avec une qualité, à l’autre extrémité du spectre : à tant foncer, ils sont les maîtres de l’action, les antiprocrastinateurs de l’humanité.
Quoi qu’il en soit, je trouve plus prudent de ne pas m’engager dans un exercice rétrospectif, pour entamer 2017. Je préfère aller de l’avant.
Ou alors, si je décidais d’aller vers une rétrospective, il faudrait que ce soit en m’aimant, en aimant le personnage qui est aux prises avec ce qui serait narré.
Parce que je ne m’aime pas assez.
Pourtant, je suis une personne aimante. C’est le mot, aimante, qui me décrit le mieux. Je trouve bien sûr le moyen de ne pas m’aimer quand je suis aimante, de me trouver trop molle, pas assez affirmée, surtout pas énergique et vivante.
En tout cas. Comme je l’ai écrit juste un peu plus haut, allons de l’avant. Où en suis-je en ce début d’année ? Où vais-je ?
J’en suis à me remettre d’un méchant rhume qui m’a gardée au lit pendant presque trente-six heures d’affilée. J’étais au paradis dans mon lit, n’ayant pas à bouger, à réfléchir, à échanger, à parler. J’étais en grève de toute occupation. J’étais sur le neutre. En vacances. J’ouvrais un œil pour constater qu’il faisait déjà moins clair dehors, puis qu’il faisait nuit, puis que le jour se levait, puis que c’était le plein jour. Je me sentais comme en camion lorsque nous sommes revenus de la côte ouest et que, bien qu’ayant le sensation physique de n’avoir roulé qu’une petite heure ou deux, le soleil soudain disparaissait et faisait place à un magnifique lever de lune, après quelque huit heures de route.
J’ai commencé sans conviction, en début d’après-midi, à mettre un peu d’ordre dans la maison, mais je suis vite venue m’asseoir devant mon ordinateur. Je m’attaquerai demain aux tâches moins excitantes d’entretien et de ménage.
Où vais-je ? Excellente question. Je voudrais aller vers une plus belle relation avec moi-même. Cela s’est traduit récemment par la mise en plis que je me suis payée. Pendant qu’Emma était avec moi, j’en ai aussi profité pour faire tout un ménage du grand walk-in. Nous faisions le ménage à voix basse, parce que la petite y dormait dans son parc.
– Ce pyjama, maman, tu le gardes ?
L’air de ma fille m’aidait à prendre une décision rapidement.
– Il est presque neuf, porté deux fois, ai-je répondu, mais on le donne.
J’ai accumulé trois grands sacs noirs que je suis allée porter au centre communautaire.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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