Jour 952

Résultat du travail d'hier 16 novembre 2016.

Résultat du travail d’hier 16 nov. 2016

C’est arrivé, une fois de plus. J’ai passé la journée d’hier sous le signe de la contradiction et de son implacable corollaire, l’indécision. La partie droite de mon cerveau me dictait quelque chose que la partie gauche dénigrait aussitôt. Saperlipopette de maudit bâtard.
– Je vais y aller pour de belles masses vertes, que je vais peut-être rehausser de vert pomme par la suite, me disais-je du côté droit.
– Ça va trop ressembler à un sapin de Noël, les masses vertes, ripostait mon côté gauche. Vas-y plutôt pour de belles masses cuivrées.
– Les effets cuivrés sont préférables en fin de parcours, pour relever l’ensemble de la composition par de légères touches ici et là, rétorquait la droite.
Le panneau est un restant de canevas, j’en ai deux identiques, de format 5"X28", qui sont couverts depuis des mois de restants d’acrylique dans les teintes de bleu. C’est sûr que le format n’est pas facile à travailler. Encore ici, les deux hémisphères se sont opposés quant au thème qui aurait pu être abordé.
– Vas-y pour un chat, me disait la droite, qui est encline à me proposer des sujets figuratifs.
– Un chat n’entrera jamais là-dedans, s’exclamait la gauche, tu ne disposes que de cinq pouces de haut, ou alors ce sera un chat tout étiré qui aura l’air maigrichon, ou alors tu ne couvriras que le centre de ton panneau si le chat conserve ses proportions. Je pense que le fond bleu appelle plutôt un poisson très stylisé abordé de manière abstraite. Et comme tu as deux panneaux, tu pourrais faire deux poissons, un qui est vivant
– Pas la sempiternelle opposition mort/vivant ?!, soupirait la droite qui n’est pas très patiente.
– Bien… les deux lignes qui s’entrecroisent et délimitent les masses au centre, a expliqué la gauche, la ligne brune d’un côté et noire de l’autre, a-t-elle pris la peine de préciser, pourraient représenter les signes d’un moniteur cardiaque qui indiquent que la personne est encore vivante, dans un hôpital…
– Et ?, a demandé la droite sur un ton, bien que le mot soit très court, qui dénotait du mépris.
– Et alors le deuxième panneau bleu pourrait être traversé d’une seule ligne, noire ou brune, égale, qui n’exprime aucune oscillation, donc le patient est mort à l’hôpital.
– Je n’achète pas l’idée. C’est n’importe quoi.
– C’est vrai que c’est n’importe quoi, ai-je dit moi-même à mes hémisphères en parlant toute seule, tout haut, dans mon bureau, de telle sorte que mon mari est venu me demander si je lui parlais.
– Je vais y aller pour les masses vertes, parce que j’aime le vert et qu’il pourrait se marier harmonieusement avec le fond bleu. Et bien que le fond bleu appelle effectivement les environnements marins, la faune aquatique, on va laisser faire les poissons, morts ou vivants. Maintenant, ami de gauche et ami de droite, laissez-moi peindre tranquille.
– Tu pourras, après le vert, essayer de créer des formes perlées en rouge, a suggéré la droite tout de go, sans se rendre compte que je lui demandais de se la fermer.
– C’est vrai que ça mettrait du punch, a convenu la gauche, et des petites larmes de rose dans le rouge feraient toute la différence…
– Chut !, me suis-je entendu dire.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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