Jour 969

Love your heart more.

Love your heart more.

J’étais appuyée de dos au comptoir de tantine et tantine me faisait face. Nous avons vingt-trois ans de différence. Moi 57, elle 80. On regardait ensemble un sac Ziploc qui contenait des tranches de bacon. Quand elle achète un paquet de bacon, tantine en sépare les tranches par groupe de trois. Elle recouvre les trois tranches de papier ciré. Elle met dans le sac Ziploc destiné au congélateur les paquets de trois tranches enveloppées du papier ciré. Par la suite, en fonction de ses recettes, quand elle a besoin de trois tranches, elle sort un paquet, quand elle a besoin de plus de tranches, elle sort plus de paquets qu’elle fait décongeler.
– Tu fais tout ça tantine ? Tu travailles fort ! Tu es minutieuse !
Je n’achète à peu près jamais de bacon, mais si j’en achetais, il ne me viendrait jamais à l’idée de séparer le paquet entier en sous-paquets.
Je m’apprêtais à demander à tantine si elle avait beaucoup de recettes à base de bacon, quand ce qui m’a semblé être une hallucination a statufié ma bouche, la laissant ouverte sur le mot que je voulais prononcer.
– Qu’est-ce qu’il y a ?, a aussitôt demandé tantine, tournant sur elle-même, à la recherche de ce qui venait de me statufier.
Je n’osais pas lui répondre que je croyais avoir été la proie d’une hallucination.
– Qu’est-ce qu’il y a ?, s’est-elle impatientée.
Je venais de voir passer à nos pieds une fulgurance de couleur noire, une masse vaporeuse indistincte, le temps d’un éclair.
– Qu’est-ce qu’il y a ?, a-t-elle répété au moment où la fulgurance a réapparu sous la forme d’une souris courant à toute allure se réfugier dans la salle de bains, sous la laveuse.
– AAAAAAAAAAAAAhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh! avons-nous crié en même temps, nous réfugiant dans les bras l’une de l’autre.
– J’ai peur des souris !, me suis-je exclamée en trouvant quand même le moyen de rire de nous.
– Moi aussi !, s’est exclamée tantine.
– Qu’allons-nous faire ?, nous sommes-nous demandé en même temps en nous regardant.
– Te sens-tu capable de l’attraper ?, m’a demandé tantine. Il suffirait de tirer sur la laveuse, c’est facile à tirer parce qu’elle a des roulettes.
– Tu veux dire l’attraper avec mes doigts ?, ai-je demandé en pénétrant dans la salle de bains pour, aussitôt, me tenir debout sur la cuvette en ayant d’abord abaissé le couvercle.
– Qu’est-ce que tu fais là ?, m’a demandé tantine.
– Je teste ma capacité à surmonter ma peur en pénétrant dans la salle de bains.
– Comique ! Descends de là, tu vas briser le couvercle. Tu pourrais peut-être l’assommer avec le balai ?, a poursuivi ma tante.
– Je peux essayer, ai-je répondu, pas du tout certaine que j’y arriverais. Toi, te sens-tu capable d’essayer ?, ai-je demandé, tout en m’éclatant à nouveau de rire tellement je nous trouvais poltronnes et pas dégourdies.
– Je me sentirais capable d’essayer de tuer une souris seulement en cas d’extrême nécessité, a répondu tantine. Si tu essaies de la tuer avec le balai, il faut d’abord qu’on ferme la porte de la salle de bains, a précisé tantine qui ne voulait pas voir la souris se réfugier ailleurs sous les meubles, voire dans sa chambre à coucher.
– Pourquoi est-ce qu’on ne se contenterait pas de la coincer sous un contenant ?, ai-je proposé, fière de mon idée. Je tire sur la laveuse, la souris est réfugiée dans un coin, elle tremble de peur, je la coince dans le bocal, on dépose une pierre sur le bocal, et on attend l’arrivée de ton fils pour la lancer dehors ?
– Avec un contenant de yogourt, par exemple ?, a répondu tantine me laissant entendre qu’elle adhérait à mon idée.
Finalement, et bien entendu, il n’y avait pas de souris derrière la laveuse quand je l’ai fait avancer sur ses roulettes. On m’a déjà expliqué que le meilleur moyen de se débarrasser des souris, c’est de remplir avec de la laine d’acier les orifices par lesquels elles peuvent entrer. Alors mon mari et moi allons cet après-midi nous rendre chez tantine avec de la laine d’acier. Ce qui est extraordinaire, c’est qu’étant avec mon mari, je n’aurai peur de rien !

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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