Jour 973

À midi aujourd’hui dimanche le 23 octobre 2016 il n’y avait encore aucun lecteur passé me lire sur mon blogue. C’est du jamais vu en cinq ans. J’ai moins de succès qu’avant. Avant, les bonnes journées je pouvais m’attirer quelque soixante-dix lecteurs, tandis que maintenant une bonne journée se solde à trente. Ces dernières semaines, je stagne à une quinzaine de lecteurs, même les jours que je publie deux textes. Pourtant, je trouve intéressants, plus que mes réflexions quant à mes expériences visuelles, les récits récents qui ont trait à mes rêves et aux messages qu’ils recèlent mais que je ne décode pas encore. La nuit dernière, j’étais en compagnie de mon ami André, celui qui est décédé en juillet, probablement du cancer du poumon parce qu’il fumait, et pas seulement la cigarette. Percussionniste, il s’apprêtait à entamer une longue nuit d’enregistrement avec son orchestre, un enregistrement dont on disait qu’il allait se terminer vers cinq heures du matin. L’aménagement avait été prévu en conséquence. Dans la grande salle qui réunissait les musiciens, on trouvait partout des chandelles dont la flamme jaune vacillait doucement. Les musiciens allaient en effet jouer à la chandelle, parce que c’était la nuit, et parce que la chandelle favorisait une atmosphère rétrospective, calme et sereine, qui allait bien se marier avec les œuvres au programme. Mon rêve a omis de me faire savoir de quelles œuvres il s’agissait. Je regardais André avec le même plaisir que celui qui m’habitait du temps de son vivant, il y a trente ans, le plaisir d’être émue par sa beauté et par ses manières affables, malgré son air buté au naturel qui donnait à penser qu’il était de mauvaise humeur. En raison de cet air buté, le visage de mon ami se transformait significativement lorsqu’il souriait. C’est ce qui fait que, en sa compagnie, j’essayais de le faire rire, ou du moins sourire, pour m’assurer qu’il n’était pas contrarié.
Je furetais autour de la salle avant que l’enregistrement commence, j’observais les musiciens qui arrivaient et gagnaient leur place derrière leur lutrin. Ils saluaient leurs voisins et échangeaient quelques mots. Ils sortaient leur instrument de son étui et se réchauffaient les doigts en jouant des gammes. J’avais hâte d’écouter la musique et de passer les prochaines heures à observer mon ami qui, entièrement concentré sur ses partitions, n’allait pas se rendre compte que je n’aurais regardé que lui. Il n’était pas encore dans la salle. Il se tenait à l’écart, protégé par une paroi de verre, comme s’il était dans une grande cabine téléphonique. Ses percussions étaient devant lui et il les ajustait ou les plaçait, leur touchant légèrement. C’est une métaphore bien facile à comprendre, la cage de verre, mon ami hypersensible ayant eu tôt fait dans sa vie de se protéger d’autrui en installant de la distance, en vivant en solitaire.
Je pense que je possédais un appartement, pas tellement loin, qui allait me permettre de me reposer si j’en éprouvais le besoin. Je me sentais riche, et libre, de pouvoir disposer de cet appartement, tout en me sentant un brin tiraillée par le fait que je n’aurais pas envie, je le savais à l’avance, de m’éloigner d’André. Je n’étais pas amoureuse de mon ami musicien, mais une part de moi se sentait très attachée à sa personne. D’ailleurs, si jamais il existe une vie après la mort, et si cette vie me permet de partir à la recherche de quelqu’un me laissant libre de mes mouvements, c’est André qu’il m’importerait de trouver pour lui faire savoir qu’il est cher à mon cœur.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s