Jour 989

Je lisais les pages de ma quatrième année de blogue, happée par un vertige devant leur peu d’intérêt.
– Se pourrait-il que je me sois trompée tant que ça, quand je pensais que mes textes étaient intéressants ? Comment ai-je pu penser pendant plus de quatre ans que mes textes étaient intéressants ? Comment ai-je pu me tromper à ce point-là ? Manquer de jugement aussi cruellement ?
Je ne désire pas transcrire ici les questions qui ont traversé mon esprit et qui aboutissent au même dénigrement impitoyable de ma personne, de ma vie, de mes écrits. Je vais donc changer de sujet.
Pourquoi est-ce que je prends la peine d’écrire ces détails par rapport à mon séjour chez tantine ? Ces activités sans vraiment d’intérêt, banales en cette saison automnale ? Je me demande si ce n’est pas en lien avec le fait que je n’ai pas eu de relation avec ma mère. Je me sens, avec tantinette, dans un univers ouaté qui m’enveloppe de bien-être. C’est un peu la même chose lorsque je suis auprès de la mère de Denauzier, à un degré moindre parce que je la connais peu et que je ne partage pas avec elle le même degré d’intimité. Avec tantinette, je me promène pas trop vêtue, ce que je ne ferais pas chez la mère de mon mari. Mais je peux fouiller dans les tiroirs de la salle de bains, chez la mère de mon mari, en sortir du vernis, et me l’appliquer sur les ongles dans le salon devant tout le monde.
Je vis au rythme de tantinette, lorsque je suis chez elle. Or ce rythme est régulier et s’articule autour de trois moments clefs : le déjeuner, le dîner, le souper. Je vis à son rythme et à sa manière. Ainsi, ce matin, nous sommes allées à la messe de dix heures. Pour aller à la messe de dix heures, il faut prévoir d’abord à quelle heure nous allons nous lever le matin. Nous nous adonnons à cette planification dans les minutes qui précèdent le moment de nous mettre au lit. Pour définir l’heure du lever, il faut nommer une à une les choses que nous aurons à faire. Déjeuner et décider si nous préférons boire du thé ou du café. Nous débarbouiller minimalement puisque les douches auront été prises la veille. Nous habiller en utilisant les vêtements qui auront été déposés sur le dossier de la chaise. Nous maquiller –et pouvoir montrer à ma belle-sœur que je me maquille, effectivement, à l’occasion. Nous assurer que les impers sont dans le garde-robe parce qu’on prévoit de la pluie, et dénicher le parapluie –ce que tantinette n’a pas réussi. Toutes ces étapes se font une à une et je les traverse une à une en prenant mon temps. Pourtant, quand je suis chez moi, je suis à la bourre, je me vis dans l’urgence, je m’épuise à manquer de temps. Chez tantinette, au lieu de manger ma bonne compote de pommes à même le pot Masson, debout devant le comptoir de la cuisine, on verse quelques cuillerées de compote dans un petit bol, on va s’asseoir à la table, et on mange dans le petit bol la bonne compote en reprenant une à une les cuillerées qu’on vient de verser.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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