Jour 1 000

– Je suis enchanté de vous avoir rencontrée, a conclu le patron. Je dois parler à mon bras droit, je ne sais pas s’il a trouvé quelqu’un, je pense que non. Laissez-moi votre numéro de téléphone, je vous rappelle demain ou au plus tard lundi.
Et, sur ce, après avoir payé ce que mon mari avait choisi, nous nous sommes serré la main et nous avons enfourché la moto.
– Tu sais, chérie, m’a dit mon mari une fois de retour à la maison, ce genre de travail exige que tu sois sur place dès 4h30 du matin.
– Tu penses ? Il me semble que si les horaires sont si particuliers, il nous l’aurait dit, pour s’assurer que je continue d’être intéressée ?
– Et ça ne m’étonnerait pas que tu aies à faire des journées de dix douze heures. Pour le travail de bureau, ça peut toujours aller. Mais quand tu auras à travailler dans l’arrière-boutique et à manipuler les gros instruments comme il te l’a expliqué, je ne suis pas certain que tu vas être enchantée…
– Après un an de ma nouvelle vie, ai-je répondu, je me rends compte que mon blogue c’est n’importe quoi, alors que je fais comme si c’était la découverte du siècle et le haut lieu d’une excellence littéraire. Je le sais, que c’est de qualité très très moyenne, je me demande comment ça se fait que des lecteurs me sont fidèles, et je pense peut-être, d’ailleurs, avoir des lecteurs fidèles alors que les accès sur mes pages ne signifient pas que les gens m’ont lue, ils n’ont peut-être que regardé la photo qui vient avec le texte… Et comme tu le sais, parce que tu les vois sur les murs, mes peintures aussi, c’est n’importe quoi. Encore cette semaine, je te l’ai raconté, je suis allée m’informer pour faire monter une toile sur cadre et l’employé ne reconnaissait pas le sujet, il me montrait mon projet la tête à l’envers ! Alors au lieu de penser que je me consacre à des formes d’art, je pourrais me consacrer à un travail qui aurait l’avantage de nous rapporter un peu d’argent et qui nous permettrait de nous payer des petits luxes, des week-ends ici et là dans des auberges… tu ne penses pas ?
Il m’a semblé que les yeux de mon mari se couvraient d’une pellicule liquide inhabituelle, mais je peux me tromper. Il n’a pas répondu et je n’ai pas insisté. Le lendemain dimanche nous sommes allés faire de la moto toute la journée. Le surlendemain lundi, j’ai commencé à vouloir me tenir éloignée de la maison, des fois que le téléphone sonnerait, et quand il a sonné à quelques reprises je n’ai pas voulu répondre.
– Je suis une retraitée, une bonne vieille retraitée de l’université, comme il y en a des tas, comme il y en a eu avant moi et comme il y en aura après. Je n’ai pas de talent particulier en écriture ou en littérature ou en peinture, si j’en avais cela se saurait, au terme de mes cinq ans de blogue cela paraîtrait. Le fait de n’être pas dotée d’un talent particulier ne devrait pas m’empêcher, toutefois, de profiter de la vie. Et je désire profiter de la vie en n’allant pas travailler.
Voila l’incident qui fait qu’en ce début d’automne j’entame ma deuxième année de retraite l’esprit libre et tranquille.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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2 réponses à Jour 1 000

  1. Jacques Richer dit :

    et entame ton dernier millier de textes…

    Aimé par 1 personne

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