Jour 1 019

Ce matin je pesais 131,4 livres sur le pèse-personne de Denauzier. J’ai déjà pesé plus, mon maximum a été de 136 livres, quand j’accompagnais François dans sa fin de vie. Pourtant, je n’ai pas souvenir d’avoir mangé tant que ça, avec François. Peut-être que je bougeais moins ? Nous allions, il est vrai, dans les restaurants. Celui dans le coin où il habitait, Maam Bolduc, servait de la nourriture particulièrement grasse.
Je me rappelle en tout cas avoir passé une semaine à manger de la soupe au chou rouge, jusqu’à n’en plus pouvoir. Dans les derniers mois, François n’était plus capable de se nourrir –ou plus précisément d’avaler. Il ne buvait que des boissons protéinées à petites doses et à petites gorgées. N’ayant plus à préparer de menus pour deux personnes –Emma passait encore à cette époque-là une semaine sur deux chez le papa, alors j’imagine qu’elle était chez le papa–, j’avais fait un énorme chaudron de soupe pour ne pas avoir à cuisiner le restant de la semaine.
Je ne pourrais plus faire ça, à cause de mon opération cardiaque et du Coumadin. Le chou contient beaucoup de vitamine K que je dois consommer avec parcimonie.
C’est une autre chose, mon opération cardiaque. On dirait que depuis que j’ai été opérée, quand j’ai faim je dois manger sans tarder.
Une fois François décédé, vivant seule, je veux dire sans compagnon et avec seulement chouchou à la maison, je suis descendue à 123 livres. Je cuisinais bien sûr, Emma vivant avec moi, mais ça me tentait de perdre du poids. Le midi, au travail, je ne mangeais que des fruits, mais j’en mangeais beaucoup, et le soir souvent je rentrais à la maison à pieds en marchant vite, c’est quand même une bonne trotte. Je n’avais pas encore été opérée et la bonne trotte me prenait tout mon p’tit change.
J’allais à la maison de St-Alphonse le week-end, qui était ma maison secondaire. Emma restait à Montréal où la retenaient ses nombreuses activités. Je profitais d’être seule pour manger moyennant un effort minimal –des pommes, des œufs cuits dur et du gruau. Je ne désirais pas tant maigrir que vivre à ma manière, sans contrainte. Je consacrais le plus de temps possible à peindre des toiles, que j’ai laissées sur les murs de la maison quand je l’ai vendue. Cela dit, si tantinette ma voisine m’invitait à souper, j’y allais et je me régalais.
Quand j’ai quitté mon travail à Montréal en juillet 2015 et que je me suis installée à la campagne chez mon mari, je pesais 128 livres. 128 livres de peine et de misère, en ce sens qu’il aurait suffi que je mange normalement pour peser comme je pèse maintenant.
Quand j’étais adolescente, je pesais 114 livres. Je me trouvais épouvantablement grosse.
Quand je vivais en France, à la fin de la vingtaine, je pesais 113 livres. Je ne pensais jamais à mon poids, pas plus que je n’y pensais quand je suis revenue vivre au Québec, que je me suis installée à Montréal, que j’y ai trouvé mon emploi à l’université. Je n’avais pas de pèse-personne. Je mangeais tout ce dont j’avais envie, sans jamais surveiller les quantités. Et même, souvent, j’exagérais les quantités, je pense entre autres au sucre à la crème de tante Alice.
Une de mes amies, qui vit maintenant à l’étranger, n’a jamais, de sa vie, surveillé son poids. Elle est à peine un peu rondelette, à la fin de sa soixantaine, et, de toute sa vie, son esprit n’a pas été pollué par les tracasseries du poids.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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