Jour 1 018

Pèse-personne mécanique

Pèse-personne mécanique, mais on appelle ça une balance.

Quand je suis devenue enceinte à trente-six ans, j’ai pris dix livres dans le premier mois de ma grossesse. J’en avais parlé à mon gynécologue.
– C’est parce que tu étais en-dessous de ton poids, m’avait-il répondu. Ton corps a fabriqué les réserves dont il avait besoin pour porter ton enfant.
Pendant le restant de ma grossesse, j’ai pris une livre par semaine. Au final, ça fait pas loin de cinquante livres en surplus sur le squelette, mais comme ma fille est née en août pendant une canicule et que je souffrais de rétention d’eau, je terminais mes journées avec dix livres de plus que je ne les commençais, donc j’ai pris un bon soixante livres. À ma sortie de l’hôpital, après mon accouchement, je n’avais perdu que neuf livres. J’ai perdu le restant en deux étapes : trente livres assez rapidement, je dirais en deux semaines, puis vingt livres sur quelques mois. J’allaitais chouchou, j’avais tout le temps faim, et soif.
Je me rappelle qu’une collègue s’était inquiétée de mon poids, Emma devait alors avoir un an. Je pesais 110 livres. Je vivais les premiers mois du retour au travail, auquel s’ajoutaient des responsabilités nouvelles avec chouchou dans la famille, et très peu d’aide.
De 110 livres, je suis progressivement remontée à 118 livres et mon nouveau poids de maman a été de 118 livres pendant plusieurs années.
Un été, je me rappelle avoir commencé à me sentir à l’étroit dans mes jeans à pattes d’éléphant. Nous étions allés en Gaspésie, Jacques-Yvan, chouchou et moi, et avions pourtant mangé surtout du poisson. Sur le pèse-personne, au retour de nos vacances, je pesais plus proche du 120 que du 118 livres. C’était un ancien pèse-personne mécanique, doté d’une ligne rouge dans la partie transparente sur le dessus. Papa a encore ce type de pèse-personne à la maison. Il se pèse lui aussi tous les jours, sur la recommandation de son médecin, au cas où il s’accumulerait de l’eau dans ses poumons. Il pourrait se contenter de se peser une fois par semaine, mais il préfère se peser tous les jours.
Quand je dépasse les 131 livres, j’accepte la réalité de mon nouveau poids. De mon poids naturel, devrais-je dire. Et j’évite de porter les vêtements que je sais être devenus trop serrés.
Les gens qui me voient après ne pas m’avoir vue pendant un bon bout de temps, comme cela s’est produit en fin de semaine, trouvent que j’ai bonne mine. Est-ce qu’avoir bonne mine veut dire avec une mine plus joufflue ? Pas dans ma compréhension des choses.
Je vois sur Facebook des photos d’une amie qui a pris sa retraite au même moment que moi, et il me semble qu’elle a pris du poids. Ce serait donc une réalité de retraités, la prise du poids ? Faux. Certains de mes amis ont changé de vie à la retraite, quand ils ont enfin pu vivre comme ils le voulaient, et ils ont perdu du poids.
Les gens amis que j’ai vus ce week-end qui ne m’avaient pas vue depuis au-delà d’un an sont des gens qui surveillent leur poids. La femme du couple est très belle et s’habille à 50 ans comme elle le faisait probablement à 20 ans, sans avoir l’air de vouloir ressembler à une jeunesse. Elle est une jeunesse mince, élancée, racée.
126 livres, je trouve, serait mon poids idéal. La beauté amie racée est plus grande que moi d’un bon trois pouces et je dirais qu’elle pèse mon 126 idéal. Cela étant, quand j’ai offert mes sandwiches à la crème glacée, faits par moi-même –Bibi en a mangé trois–, elle s’est abstenue. Quand elle a découvert qu’au menu nous servions des hot-dogs –avec de la saucisse faite maison et des pains ciabatta–, elle a choisi de manger la saucisse seulement, sans pain et sans condiments.
Ce matin, apportant une touche finale à ce texte que je m’apprête à publier, je me suis sentie faible et mes mains se sont mises à trembler. Je suis allée manger un bout de pain trempé dans de la bruschetta indiciblement bonne et je me suis sentie mieux après quelques minutes. J’ai eu une pensée pour mon amie. Comment peut-elle s’être rendue au souper –aura-t-elle soupé ?– avec seulement dans l’estomac un blé d’Inde, une saucisse et un café ?

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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