Jour 1 022

Visage à travers la vitre.

Visage à travers la vitre. On dirait que le personnage porte un chapeau que l’on voit couramment en Amérique du Sud.

C’est en partie grâce à un cochon que j’ai obtenu la photo ci-contre. Nous sommes allées visiter les boutiques de La Grave le mercredi, qui était une journée grisounette propice au flânage et au magasinage. D’une boutique à l’autre, il m’a semblé que les marchandises se ressemblaient, des chandails de style nautique à rayures blanches et marine. Des bijoux qui reproduisaient des formes de dollars de sable ou d’étoiles de mer. Des bottes et des chapeaux de pluie. J’étais d’excellente humeur, ce jour-là, et au-dessus de mes affaires. Je n’ai visité les lieux que superficiellement, ce qui m’intéressait davantage était de taquiner ma fille et sa copine en leur tirant sur la queue de cheval, leur rentrer dedans en marchant, leur faire des croche-pieds, ce genre de chose. Boire un café latte divin qui m’a requinquée fut un moment fort de cette journée, accompagné d’un morceau de chocolat au caramel et fleur de sel fabriqué sur place, lui aussi divin.
Les jours ont passé, nous sommes allés visiter le frère de Denauzier qui était aux Îles en même temps que nous, nous avons passé deux jours sur la plage à lire –Simone de Beauvoir pour ma part–, marcher et ramasser des roches et coquillages. Nous sommes allés mon mari et moi visiter des parents d’amis qui nous ont fait manger du sucre à la crème renversant. Nous avons longuement visité leur jardin et parlé culture maraîchère debout avec eux au grand vent. Nous achetions du poisson tous les jours et le préparions le soir. Nous écoutions les Olympiques. Etc.
Plus tard en semaine, une autre journée grisounette s’est présentée et j’ai proposé aux filles de retourner à La Grave pour voir à nouveau les boutiques.
– On les a déjà vues, a répondu Emma.
– On peut les voir deux fois, ai-je répondu à mon tour. Il y a dans une boutique une toile faite avec de l’acrylique et du papier de soie qui sert normalement au découpage des vêtements quand on coud soi-même…
– Je sais laquelle !, s’est exclamée Norie qui est dotée d’un cerveau qui capte tout. J’ai des tas de patrons du même type pour la couture, à la maison, si jamais tu en veux, a-t-elle ajouté.
J’ai interprété la réponse de Norie comme étant un acquiescement à ma proposition. Alors en après-midi, laissant mon mari emprunter les trajets de son choix en moto, nous sommes parties, les trois cocottes, en voiture direction les boutiques.
Nous avons retrouvé l’endroit où était exposé le cochon, ou plutôt Norie l’a retrouvé. Je me suis mise à regarder attentivement les toiles aux murs, qui étaient toutes faites avec du papier de soie dont on ne voyait qu’ici et là les lignes de coupe en pointillés. Les toiles avaient toutes pour sujet des animaux dessinés dans un style aussi naïf que le mien, mais mieux maîtrisé. Un ours au museau bleu –comme les bleuets qu’il mangeait– attirait l’attention de la plupart des gens, un renard à la queue rouge aussi, mais personne, dans la boutique –nous y sommes restées longtemps et des gens ont eu l’occasion d’y entrer et d’en sortir–, ne commentait le beau cochon. Ses pattes fortes et dessinées avec précision me plaisaient. Les sabots qui terminaient les pattes étaient peut-être hors de proportion. Je n’ai pas pris le cochon en photo pour ne pas avoir à discuter avec la propriétaire de l’utilisation que je comptais faire de la photo, à savoir la publier éventuellement sur un blogue public, qui est en définitive fréquenté de façon assez privée par quelques hurluberlus. Je me suis, cela étant, régalée visuellement.
La boutique était en fait une friperie. Emma et Norie ont essayé toutes sortes de choses et ont acheté de jolis morceaux. Pendant leurs séances d’essayage et d’hésitation, je suis allée me promener, je suis tombée sur une première fenêtre que j’ai prise en photo, puis sur cette deuxième, et c’est seulement au moment d’appuyer le doigt sur le déclencheur que j’ai réalisé qu’il y avait derrière la vitre ce visage, en bas à droite. Je me suis dépêchée de procéder et, convaincue de rapporter dans mes bagages au moins une photo réussie, je me suis mise à flâner et à avoir hâte que les filles ressortent pour qu’on reprenne un latte, sans chocolat cette fois.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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Une réponse à Jour 1 022

  1. Jacques Richer dit :

    Vraiment bien, ce visage imprévu!

    Aimé par 1 personne

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