Jour 1 026

Vers le milieu de la semaine, nous avons convenu d’une excursion en kayak sur mer, ou plutôt sur l’océan Atlantique. J’ai écrit brièvement là-dessus.
Voici comment les choses se sont passées : dès son arrivée aux Îles, et avec son enthousiasme naturel et sa joie d’enfant, Emma nous a annoncé, aux deux vieux que nous sommes, mon mari et moi, que nous irions en kayak. Elle n’annonce jamais les choses de manière autoritaire et péremptoire, c’est le désir plus fort que tout d’aller pagayer sur l’eau qui s’exprime dans sa parole. – J’adore le kayak, a-t-elle plusieurs fois répété.
Wednesday. – Nous avons de la place mercredi soir, nous a dit le guide auquel nous nous sommes adressés à l’Istorlet. C’est le nom de la rue et à la fois de l’entreprise –un centre nautique– qui offre ce type d’excursion, à Havre-Aubert. Le jeune homme, un Français du continent et non originaire des Îles Saint-Pierre et Miquelon –je peux l’affirmer puisque je le lui ai demandé–, a pensé de prime abord que nous étions anglophones et nous a répondu en anglais. Donc, Wednesday. Il était très typé de sa physionomie et je l’ai trouvé beau avec ses oreilles décollées, ses cheveux courts légèrement bouclés et ses lèvres pulpeuses mais gercées.
X. Il y a un X, nous a dit le lendemain au téléphone le Français aux oreilles décollées.
– Un hic ou un X ?, a demandé mon mari qui a reçu l’appel.
– Un hic, en fait, fut la réponse. Il y a une veille d’orage ce soir, et nous devons reporter l’excursion à jeudi soir, même heure. Je vous rappelle pour confirmer.
Emma a reçu l’information avec une certaine déception, mais il ne s’agissait que d’un report de 24 heures. Il y a eu cependant un deuxième X le deuxième soir, qui a généré une déception encore plus vive, puisqu’il ventait trop fort.
– On reporte à vendredi soir, et d’après les prévisions ça devrait marcher cette fois, nous a dit la personne au téléphone.
Et ç’a marché effectivement, en ce sens que nous sommes allés bel et bien kayaker le vendredi soir, la peur au ventre en ce qui me concerne.
Y a-t-il de la place pour une veste de sauvetage supplémentaire sur le kayak ?, ai-je demandé avant le départ, la voix tremblotante.
Le guide m’a regardée presque tendrement en m’assurant qu’il n’y aurait aucun problème. Comme de fait. Je n’étais pas installée à l’avant de l’embarcation, la jupette bien placée au-dessus de moi pour me protéger de l’eau, l’aviron à la main, mon mari à l’arrière, glissant déjà sur les vagues pas si épouvantablement hautes, que la peur s’est transformée en plaisir, et le plaisir en désir de profiter le plus possible de cette aventure sur l’eau.
Zut ! Mince ! Pas déjà ! –même si j’avais les bras comme de la guenille– furent les premiers mots à sortir de ma bouche, de retour sur la plage, dans la pleine noirceur.
Avec ces quelques paragraphes, je ne couvre guère l’expérience du kayak, je ne transmets rien du sentiment grisant qui m’a habitée, je passe sous silence la magie qui m’a enveloppée à l’occasion d’une chose en particulier et sur laquelle je voudrais revenir.
B

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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