Jour 1 051

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Sans titre pour l’instant, 3′ X 5′, acrylique, morceaux de serviettes de table en papier, polymère.

Samedi, je me suis permis de ne pas écrire mon texte bloguéen puisque j’ai passé la journée en mode création. J’ai travaillé presque dix heures sur la toile en photo vedette. Au lieu de m’installer dans mon bureau, sur ma grande table, j’ai apporté mon matériel dans la salle à manger, profitant d’une table encore plus grande, et, surtout, profitant de la compagnie de mon mari.
– Que vas-tu faire ?, lui ai-je demandé, sachant que pour ma part j’en aurais pour une bonne partie de la journée.
Il pleuvait des cordes, il faisait froid et nous n’avions, ni l’un ni l’autre, envie de sortir de la maison.
– Ne t’inquiète pas pour moi chérie. Je vais taponner. Je vais faire mes petites affaires. Je vais me reposer.
Au risque de me répéter, pour ceux qui m’ont lue vendredi, voici les grandes lignes de mon projet. On discerne à l’arrière-plan, sur la toile, une femme nue, les bras à la verticale au-dessus de sa tête. Mon intention, lorsque j’ai fait cette toile il y a plusieurs années, était de reproduire une femme qui rend hommage à la vie. Mais, comme il y a loin de la coupe aux lèvres, comme il peut y avoir un précipice immense entre l’intention et le résultat concret, la pauvre femme ressemblait plutôt à une suppliciée. Elle a vécu sans demander son reste, plusieurs années, suspendue sur un mur brun dans la petite pièce, peu utilisée, du logement de Montréal.
Réalisant que cette toile ne pourrait pas habiter dans la maison de Denauzier sans recevoir au préalable quelques améliorations, j’ai utilisé des moules de styromousse, recouverts d’acrylique assez liquide, pour couvrir la femme de carrés verts et de carrés jaunâtres. Les moules m’ont été donnés par une amie collègue. Ils regroupaient au départ les morceaux nécessaires pour assembler un dinosaure de format miniature, par rapport au format de l’animal vivant.
Il traînait dans la pièce, samedi, un panier en plastique qui sert normalement à transporter les vêtements de la laveuse à la corde à linge. J’y ai mis mes serviettes de table, qui ne couvraient que le fond du panier. J’ai commencé par en retirer la double peau blanche. Une serviette de table en papier est habituellement fabriquée de trois épaisseurs, deux blanches et celle imprimée. Puis, en traçant sur le papier imprimé, avec un crayon feutre noir, le contour des formes, j’ai découpé les formes obtenues et je les ai collées à l’endroit sur la toile où apparaissait leur contour. Je sais, ce n’est pas facile à suivre, c’est en grande partie parce que je ne sais pas simplifier.
Les professeurs nous répétaient pendant mes cours qu’il faut s’arrêter souvent, s’éloigner de la toile et l’observer avant de continuer. Or, quand je suis en train de travailler, je n’ai qu’une envie, c’est de ne pas m’arrêter. Quand j’ai finalement regardé le résultat obtenu –des colonnes vertes et des colonnes jaunes remplies ici et là de formes en papier–, l’ensemble n’avait l’air de rien. J’ai décidé alors de tracer en utilisant le côté tranchant d’une spatule une bordure blanche pour délimiter chaque carré. Comme les masses jaunâtres manquaient de tonus, j’ai ajouté en dernière étape quelques morceaux en forme de bâtonnet d’une serviette dont l’imprimé était celui d’un bouquet de roses.
Mon mari aime beaucoup. Je pense que moi aussi.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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1 Response to Jour 1 051

  1. Avatar de Jacques Richer Jacques Richer dit :

    J’aime beaucoup moi aussi. C’est très réussi comme transformation!

    J’aime

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