Je ressens chaque fois un petit pincement de déception à la relecture de textes que je découvre encore moins bons que je le pensais. Il m’arrive de publier des textes que je sais n’avoir que moyennement réussis. Puisque mon défi consiste à en publier un par jour, il suffit que j’aie emprunté une mauvaise pente, que je sois fatiguée, ou pas inspirée, ou coincée par le temps, pour me retrouver avec un texte plus ou moins efficace. Un texte qui ne va nulle part. Qui n’interpelle pas le lecteur. Il y a plusieurs faiblesses dans le texte d’hier. Entre autres choses, notre séjour en Abitibi est présenté par moments à l’imparfait, dans un passé lointain de longue durée, alors qu’il aurait dû être présenté du début à la fin au passé composé, dans un passé récent dont les actions nous semblent encore proches. Il y a plusieurs autres faiblesses dans ce texte sur lesquelles je ne m’étendrai pas.
– Étendez-vous et essayez de ne penser à rien, m’a dit la dame.
– À rien, ai-je répété pour m’encourager, car ce n’est pas facile, ne penser à rien.
– Aryen, comme dans la race aryenne, a repris la dame.
– Adrienne, ai-je enchaîné, sûre de moi.
– Adriatique ?, a tenté la dame, pas du tout sûre d’elle en matière géographique.
– À la claire fontaine, à ce moment-là, ai-je répliqué.
– Autant en emporte le vent, et un tien vaut mieux que deux tu l’auras, a-t-elle prononcé du même souffle.
– Si vous y tenez, fut ma réponse.
– Un vôtre vaut mieux que deux vous l’aurez, a rectifié la dame.
– Vous aurez affaire à moi ?, lui ai-je demandé.
– Si vous y tenez, fut sa réponse.
Je me suis sentie piégée.
– Il y a plusieurs faiblesses dans votre texte d’hier, a renchéri la dame, si vous continuez, vous allez perdre vos lecteurs.
– C’est une crainte que je porte en moi continuellement, ai-je répondu. Depuis cinq ans.
– Dans un passé récent dont les actions sont encore toutes proches, vous écriviez mieux, me dit la dame en revenant à la charge, en enfonçant le clou. Publier un texte par jour c’est bien, mais deux c’est mieux ! Qu’en pensez-vous ?
– J’en pense que je suis peut-être sur une mauvaise pente ? Bien sûr mes textes ne sont jamais parfaits…, ai-je commencé.
– Imparfait, le monde est imparfait !, comme dans la chanson de Daniel Bélanger, s’est-elle exclamée.
– Il l’a écrite au présent de l’indicatif, il ne voulait pas s’empêtrer dans les tournures du passé composé, ai-je constaté.
– Je ressens chaque fois un petit pincement…, a repris la dame.
– De déception, de défi raté, de circonvolution éclectique, de maudit bâtard !, me suis-je exclamée, criant presque.
– Ne vous éloignez pas trop des paroles de base, me corrige la dame.
– Toi dans ta ville et moi transsibérien, qui t’aime et qui t’adore, si vous préférez.
– Je préfère et c’est mieux, m’encourage la dame.
– Étendons-nous et, ensemble, ne pensons à rien, ai-je conclu en attirant la dame vers moi.
Elle s’est étendue contre mon flanc et nous nous sommes endormies. De repos nous avions, je pense, grand besoin.
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