Jour 1 115

J’ai travaillé hier soir sur Alicia. Denauzier était parti au salon funéraire, situé à une bonne heure et demie de route d’ici, donc trois heures aller retour. Je n’avais pas la force de l’accompagner, ayant fait trop de route cette semaine pour un ensemble de raisons. Je suis restée à la maison et j’ai tenté d’écrire ma première nouvelle. Bien sûr, je n’ai pas été capable de m’en tenir au thème que je m’étais moi-même fixé, à savoir : deux personnes se rencontrent par le biais d’une annonce classée, que se passe-t-il avant la rencontre, que se passe-t-il après.
J’ai senti que j’allais plutôt commencer mon texte par un dialogue. Et c’est ce qui est arrivé. J’ai créé un dialogue entre un homme et une femme, et c’est une question posée par l’homme qui part le bal. On parcourt donc le début du texte en suivant leur conversation, au cours de laquelle on n’apprend pas grand-chose. C’est normal, les personnages ne se connaissent pas encore. On les découvre dans le récit alors qu’ils sont déjà assis un en face de l’autre dans un lieu public à l’éclairage tamisé. Ils boivent chacun une coupe de vin.
Il va bien falloir qu’il se produise quelque chose à un moment donné, me disais-je, tout en tentant de ne pas m’inquiéter. Après tout, la première nouvelle installe les thèmes qui seront abordés dans le recueil. Il ne faut pas qu’elle soit exaltante, car ça met la barre trop haute pour tout ce qui reste ensuite à écrire. Il ne faut pas non plus qu’elle soit trop plate, car les lecteurs qui ne sont pas convaincus que ça vaut la peine de poursuivre ne poursuivront pas.
Il faut que la première nouvelle, donc, annonce les actions principales, or mes personnages ne s’en tenaient qu’à un échange de banalités sans même bouger ! Quand ce sera au tour de Brenda d’être le personnage principal, dans la deuxième nouvelle du recueil, son rôle se limitera-t-il à fournir des réponses différentes à l’homme qui a parti le bal ? Et c’est ici que je me suis rendu compte que j’avais un problème : j’ai écrit ma première nouvelle comme si elle allait se résoudre dans les textes suivants, comme si Alicia allait rester au centre de l’action, alors que sa présence ne dure que le temps d’un texte sur un ensemble de vingt-six !
J’ai aussi un autre problème : que signifient six pages de texte ? J’ai calculé que dans mon exemplaire de La grosse femme d’à côté est enceinte, dont les pages sont pourtant noires de caractères bien tassés, il n’y a que trois cents mots par page, en moyenne. Mais des romans plus courts aux caractères plus gros et au papier plus épais contiennent quelque deux cents cinquante mots par page. J’ai donc décidé d’écrire des nouvelles de quelque deux mille mots qui vont se traduire, je pense, par six pages de format habituel 8½X11 à interligne et demi.
Tout à l’heure j’ai relu ce que j’ai écrit hier. C’est à peine si j’ai compris les grandes lignes de ce premier texte.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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