Jour 1 143

Elsa Zylberstein

Elsa Zylberstein

Je demande pardon à Elsa de l’avoir appelée Elsa Something hier en tournant les coins ronds. Le repas était prêt et je voulais publier mon texte avant d’aller souper. Elle se nomme Elsa Zylberstein, elle a 48 ans. Dans une interview qu’elle accorde au magazine intellectuel Paris Match, elle dit n’avoir pas eu d’homme dans sa vie jusqu’à ses dix-huit ans et être demeurée naïve et pure dans son cœur, à mille lieues de penser que la méchanceté pouvait exister.
J’ai aimé la franchise dans les dialogues entre les deux personnages. Je trouve que les films français sont souvent laconiques, les personnages n’arrivent pas à se dire les vraies affaires quand le moment serait idéal pour le faire. Au lieu de se dire les vraies affaires, la scène se termine et s’enchaîne sur une autre. Isabelle Huppert, il me semble, se fait souvent offrir de tels rôles de femmes qui ont tout dit à peine ont-elles prononcé trois mots. Dans Un + Une, ça ne se passe pas comme ça. Il y a abondance de mots qui coulent le long du Gange. Antoine et Anna font un long trajet en train et en bateau et en avion (au retour) pour rencontrer la gourou Amma. Jusqu’ici, ça fait beaucoup de a dans les prénoms. L’attirance qu’ils ont l’un pour l’autre s’exprime strictement par la parole. Il n’y a pas de rapprochement physique minimal, comme dans Un homme et une femme. Je pense à la scène où on voit Anouk et Jean-Louis sur un bateau tenir chacun leur enfant qui grelottent de froid sous le manteau de Jean-Louis. Les enfants sont debout et enlacés et grelottent. Anouk et Jean-Louis les protègent en mettant chacun une main sur le col de fourrure du manteau et passent à un doigt, littéralement, de se toucher la main. Ici, il n’y a pas de ça, bien qu’au bout d’un moment, comme on pouvait s’y attendre, ils apparaissent au lit sous des draps blancs. Comme les scènes alternent entre rêve et réalité à différents moments du film, on ne sait pas au début de la scène s’il ne s’agit que d’un fantasme, mais la conversation qu’ont plus tard les deux personnages autour du petit déjeuner ne laisse guère de place au doute.
– Je pense n’avoir jamais été si maladroit, dit l’homme.
– Il me semble que vous ne l’étiez pas, répond la femme.
– Si si je l’étais, réplique l’homme, pour un premier coup je l’étais.
– Vous l’étiez pour vous, alors, mais pas pour moi.
Et c’est ici que j’adore la remarque de l’homme :
– J’ai eu l’impression que cela n’aboutirait jamais.
Et la femme esquisse un sourire pour toute réponse.
C’est une histoire fleur bleue et on découvre plus tard qu’il a suffi de cette seule fois pour que la femme tombe enceinte. Elle donne à son fils le prénom de son amant qu’elle ne retrouve que quatre ans plus tard, par hasard, à l’aéroport. Elle est en train d’essayer d’attraper son fils qui s’amuse sur le carrousel à courir entre les valises. J’ai eu l’impression qu’elle courait après lui et qu’elle trouvait ça drôle, comme si elle riait en même temps qu’elle criait.
Sans surprise, Francis Lai a signé la musique. C’est la même mélodie, il me semble, qui traverse le film, en filigrane, dans la lumière de l’Inde, de manière moins appuyée que le dabadabada. J’ai hâte de revoir tout ça.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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