Jour 1 146

Souffler une bougie.

Souffler une bougie.

J’ai un peu mal dormi parce que j’avais trop soif pendant la nuit, après avoir mangé salé et sucré à la cabane à sucre. À St-Damien, dans la neige. Nous étions onze à la table, dont ma fille et sa copine. Quelques mots sur la photo ci-contre. Je porte un blouson de jeans qui m’a été donné par ma belle-sœur, laquelle ne pouvait se joindre à nous à la cabane parce qu’elle s’est cassé la rotule –clac !– du genou gauche. Elle est retenue à la maison avec une grosse attelle qui lui couvre toute la jambe. Sur le blouson, je porte en bandoulière le beau sac que ma fille m’a crocheté pour mon anniversaire. Ça ne se voit pas sur la photo, mais dans le sac il y a mon porte-monnaie, apporté pour un peu remplir le sac et non pour payer puisque j’étais la fêtée. Sur le blouson aussi, et encore une fois ça ne se voit pas, j’ai installé une jolie broche en ivoire –qui représente une bernache au long cou– qui m’a été donnée toujours hier en cadeau. À peine visible derrière le blouson apparaît un bout de mon manteau marine de duvet, retenu au dossier de ma chaise, qui m’a lui aussi été donné en cadeau il y a quelques années. Je porte les petits anneaux en or d’Emma, aux oreilles. La raison pour laquelle je porte ses anneaux c’est qu’elle porte les miens, qui sont un peu plus gros.
Une bougie au centre de la tarte au sirop d’érable souligne à elle seule l’obtention de mes 57 ans. J’ai fait la zouave avant de souffler sur la flamme. J’allais écrire que c’est normal que je fasse la zouave parce que bien que cheminant dans un corps qui a traversé 57 années, je me sens avoir 16 ans en-dedans. Mais à bien y réfléchir, je n’aurais pas fait cette tête-là, à 16 ans de corps, j’étais trop préoccupée par mon apparence. C’est plus facile de faire la zouave maintenant que le corps porte les marques du temps.
À ce sujet, j’ai rêvé que dorénavant mes choix se restreignaient encore davantage : soit je vivais sur les freins en ne mangeant pas à ma faim pour ne pas prendre de poids, soit je ne me freinais pas et je prenais du poids. Ma sœur, toujours elle –elle m’apparaît souvent en rêve–, me disait qu’il était hors de question, pour sa part, d’avoir faim et que, par conséquent, elle acceptait la prise de poids. Une alternative se présentait à mon esprit qui était celle de manger autrement. Mais même en mangeant autrement, me disais-je, je me ferai rattraper par les repas chez les amis et la famille qui se présentent tout le temps. J’en arrivais à la triste conclusion suivante : j’allais devoir me restreindre tout le temps.
Avant de partager le repas avec famille et amis, hier soir, me tenant debout pendant que tous les autres étaient assis, j’ai demandé quelques secondes d’attention pour donner libre cours à un petit discours.
– J’aime mon mari, ai-je commencé, en l’enlaçant maladroitement par les épaules, maladroitement parce qu’il était assis et moi debout.
– Ah ! oui ?, n’a-t-il pu s’empêcher d’exprimer.
– J’aime ma fille, ai-je ajouté en la regardant droit dans les yeux, elle était assise en face de moi.
– Je vous aime tous qui vous êtes déplacés pour moi, ai-je enchaîné en ne voulant plus y aller nommément parce que je risquais d’oublier des gens parmi les absents et même parmi les morts.
– Et bon appétit !, me suis-je exclamée.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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