Jour 1 154

Johnny Hallyday a déjà dit en entrevue qu’il était sur le point d’abandonner ses tentatives de carrière en musique lorsque celle-ci a bien voulu démarrer. Il se rendait jouer quelque part dans un endroit creux et se disait que si, encore un soir, il restait dans l’anonymat, s’il ne se faisait pas remarquer, s’il devait n’y avoir que trois quidam pour l’écouter distraitement, il lâchait tout et se tournait de bord, vers autre chose. Ou est-ce Francis Cabrel qui aurait dit ça ? Soudain, je ne me rappelle plus de quel artiste il s’agit, mais je me rappelle très bien avoir entendu à la télévision cette entrevue dont je viens de résumer le contenu. Il –Hallyday ou Cabrel– n’en pouvait plus d’essayer et de ne pas y arriver.
Une amie m’a écrit ce matin. Après avoir fait des entrevues à droite et à gauche dans son domaine des sciences sociales, elle était sur le point d’abandonner et de se tourner vers autre chose, ne sachant pas encore quoi, incapable de supporter plus longtemps la non concrétisation de ses aspirations, incapable de recevoir encore d’autres refus, lorsqu’une offre professionnelle, parfaite et en plein dans son domaine, lui est tombée du ciel. Elle n’en pouvait plus d’essayer et de ne pas y arriver (bis).
Moïse. Il marche dans le désert. Marche, marche, au soleil et dans l’implacable chaleur. Il finit par se retrouver aux trois-quarts mort, rampant de ses avant-bras pour se faire avancer de quelques pouces dans le sable, ses jambes ne pouvant plus le porter (c’est romancé et ce n’est qu’un film, je sais). Il sombre même dans un demi-coma jusqu’à ce que des voix le réveillent, des voix enjouées de femmes qui puisent de l’eau à un puits miraculeux –mais réel, du moins dans l’histoire– situé sous le grand palmier d’une oasis.
Pourquoi certaines personnes doivent-elles se rendre ainsi à la limite de leur force physique, psychologique et nerveuse, quand d’autres naissent sous une bonne étoile et obtiennent ce qu’elles veulent sur un seul claquement de doigt ? Je suis tellement masochiste que j’ai tendance à penser qu’il est préférable d’emprunter le parcours truffé de difficultés, de refus, d’indifférence et de toutes ces formes de douleurs, que d’emprunter le parcours limpide de la fluidité facile.
Mes lecteurs déduiront peut-être d’eux-mêmes que finalement, hier soir, nous n’avons pas écouté les reportages qui couvraient la disparition de Jean Lapierre et de ses frères et soeur, mais plutôt la deuxième partie des Dix commandements, jusqu’à ce que Denauzier, fatigué, me propose de poursuivre ce soir. Au début de cette deuxième partie, Moïse, ressuscité à cause de l’eau du puits auquel il s’abreuve, se marie à Sephora et vit de l’élevage de leur troupeau de moutons. Un jour, son regard est attiré par un buisson qui brûle mais qui ne se consume pas, dans les hauteurs du Mont Sinaï. Il se rend, les ongles sans doute écorchés par les pierres auxquelles il doit se retenir dans les parties escarpées de son trajet, il se rend rencontrer le buisson et reçoit ce faisant les directives de ce que Dieu attend de lui. Ça c’est l’fun, recevoir des directives, il ne reste plus qu’à les concrétiser. C’est reposant. C’est plus facile que de se demander quelles seraient les meilleures directives que je pourrais bien recevoir, et quelle serait la personne qui pourrait me les donner, et où pourrais-je bien rencontrer cette personne qui donnerait une direction et un but et un sens à ma vie. Nourri de ses nouvelles directives qui changent sa vie du tout au tout dans la seconde, Moïse reprend ensuite contact avec le pharaon pour lui demander de libérer le peuple hébreux. Le pharaon résiste jusqu’à n’en plus pouvoir –les plaies se multipliant sur son pays par l’intermédiaire des mouches, des sauterelles, des grenouilles et autres calamités. Ça aussi c’est l’fun, le passage des plaies d’Égypte, car on dirait des tours de magie. Nous sommes rendus au moment du film où Moïse doit conduire les milliers d’esclaves libérés quelque part, il ne sait pas encore où, et il se demande comment faire.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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