J’ai acheté lors de ma razzia Renaud-Bray un exemplaire du Vieil homme et la mer —toujours dans la collection Folio mais les caractères d’imprimerie, cette fois, ne sont pas trop petits. Je lis en introduction du livre que c’est un récit dont le thème, cher à Hemingway, est celui de la réussite dans l’échec : le vieil homme attrape un espadon gigantesque (réussite) que les requins mangent en entier le temps –quand même trois jours– qu’il regagne son village (échec). Le film Dix secondes de liberté que nous avons vu hier, en famille puisque nous étions tonton, Bibi, Swiff et moi, relate une histoire vécue sur un thème similaire. L’Américain James Owens gagne quatre médailles olympiques aux Jeux de Berlin en 1936. Qu’un Noir enlève quatre médailles aux Ariens, voilà Hitler qui n’est pas très content. Pouf, est-il facile d’écrire après coup, exactement quatre-vingts ans plus tard, on se fiche pas mal qu’Hitler soit mécontent. Franklin Roosevelt cependant, sans être nécessairement mécontent, a refusé de féliciter Owens à son retour au pays, craignant que cela ne lui fasse perdre une partie de son électorat. Mais il n’en demeure pas moins, que l’on veuille le reconnaître ou pas, que Jesse Owens s’est surpassé en gagnant quatre médailles. J’aime cette approche du succès dans l’échec, c’est moins difficile à porter qu’un succès unilatéral, c’est plus nuancé, plus discret. J’aime cette approche parce que, bien égocentriquement, c’est celle que j’entretiens avec mes projets. Oui, j’aimerais être une écrivaine connue, mais c’est plus confortable de ne l’être pas, de réussir mes défis dans l’ombre, de me contenter des encouragements d’amis proches pour poursuivre ma route. Owens a eu deux entraîneurs : Charles Riley et Larry Sneider. Selon Wikipédia, Charles Riley serait l’entraîneur grâce auquel Owens attribuait son succès et sa persévérance. Or, dans le film, l’entraîneur de Jesse est Larry Sneider. Il doit y avoir un problème de sources quelque part ! Encore une fois, j’aime cette approche d’un travail d’équipe, une petite équipe de deux. Cela m’a manqué, quand j’étudiais à l’université. Je me rends compte avec le recul que je n’étais pas, alors, passionnée par les lettres. Je ne sais pas si je peux me qualifier de passionnée aujourd’hui, mais je suis nettement plus intéressée à la littérature et à –ma propre– écriture qu’il y a trente ans. Avoir été un tant soit peu intéressée, j’aurais pu, il me semble, me donner de petits défis qui auraient fait de moi une personne plus érudite. Ç’aurait pu être des petits défis de rien du tout qui sont agréables à atteindre : voir tous les films de François Truffaut, admettons. Lire par ordre chronologique les romans de Kundera, autre exemple. Collectionner les romans de la Comtesse de Ségur et pouvoir dire que j’ai lu toute ma collection. Écrire dix phrases par jour dans un carnet personnel et en faire ressortir les thèmes récurrents au bout d’un an. Autant de petits projets que je n’ai pas eu le plaisir de concrétiser parce que, malheureusement, j’étais trop perturbée.
-
Badouziennes
Textes antérieurs
Qui est Badouz ?
Une autrice illustrement inconnue !
Catégories