Jour 1 239

En état de panique parce que ça ne se lit pas comme un roman

En état de panique parce que ça ne se lit pas comme un roman

J’avais été déçue d’apprendre, le premier jour d’école de ma septième année, que ma titulaire allait être sœur Muguette. Au premier regard, je ne l’ai pas trouvée très intelligente et mon impression, malheureusement, n’allait pas se modifier en cours d’année. Nous faisions des exercices de français, un après-midi d’hiver –il faisait déjà sombre dehors. Je ne pourrais pas dire à quelle règle de grammaire nous nous intéressions, mais je me rappelle que plus ça allait, plus mon intérêt s’éveillait car les exercices étaient de plus en plus difficiles. Par conséquent, de moins en moins de mains se levaient pour donner les réponses. Cela me faisait plus de bonnes réponses à donner et, toujours aussi orgueilleuse, j’adorais ça. Au bout d’un moment, sœur Muguette a interrompu l’exercice en déclarant que c’était rendu trop difficile. Toute la classe lui a donné raison –Carmen était peut-être à la maison, malade de la grippe ? En fait, Carmen était surtout douée pour les sciences. Elle excellait dans toutes les matières, elle passait ses soirées à étudier, allant jusqu’à pratiquer dix fois, nous avait-elle dit, le même problème de mathématiques. Voilà donc sœur Muguette qui déclare forfait et moi, la main encore tendue et la réponse me brûlant la langue, je n’ai pas compris que l’on mette fin à un moment si captivant. D’aussi loin que je me souvienne, c’est à ce moment-là que j’ai réalisé, très vaguement, que le français m’intéressait. Pourtant, je n’ai jamais été une ardente lectrice, je n’ai pas passé mon enfance le nez derrière les livres, je n’ai pas tenu de journal intime, et encore moins écrit de poèmes. J’avais aimé cet exercice difficile et cela s’arrêtait là. Plus tard, je ne me suis pas démarquée par mes performances en français au Séminaire de Joliette, en participant par exemple à des concours, c’est plutôt Françoise Aubin qui brillait en ce domaine. Après le secondaire, j’ai étudié quatre ans au Conservatoire de Québec, pendant lesquels je n’ai pas ouvert un livre ni écrit une ligne, sauf un travail de recherche en musicologie qui était un cours obligatoire. Après quatre ans d’absolue non confiance en moi au Conservatoire, je me suis tournée vers la littérature française à l’Université Laval, me disant que j’allais enfin me mettre à lire beaucoup. Or, je me suis arrangée pour lire le minimum requis et pour écrire mes dissertations à la dernière minute. Je me rappelle en particulier avoir lu Les mots de Sartre d’une traite, en état de panique parce que je réalisais que ce n’était pas trop facile à digérer.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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5 Responses to Jour 1 239

  1. Avatar de Jacques Richer Jacques Richer dit :

    Hun… hun…

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    • Avatar de Jacques Richer Jacques Richer dit :

      La tentation de s’improviser psychanalyste devient de plus en plus grande…

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      • Avatar de Badouz Badouz dit :

        Ce doit être parce que j’ai fait une psychanalyse pendant assez longtemps…

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        • Avatar de Jacques Richer Jacques Richer dit :

          Est-ce que leur style de conversation se serait infiltré sournoisement en toi? Reconnais-tu ta façon d’écrire comme étant véritablement tienne? Je me demande si les psychanalystes sont toujours cultivés? Écrivent-ils ou parle-t-ils toujours bien? Et ont-ils des idées qui leur sont propres, ou se contentent-ils de répéter des phrases toutes faites? Je suppose que ça dépend du psy.

          En tout cas, j’aime te lire, même si parfois, comme maintenant, ça me donne le sentiment d’être voyeur.

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          • Avatar de Badouz Badouz dit :

            Je trouve que ma psychanalyste, curieusement, parlait trop ! Son français était impeccable et elle provient d’un milieu francophone aisé, genre Outremont je dirais. Les phrases toutes faites, honnêtement, ça ne me dit rien…

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