Jour 1 240

Je retiens deux événements de ma septième année du primaire aux Mélèzes. Peut-être trois. Le premier a rapport à mon intérêt pour la langue française, mon deuxième a rapport à mon cœur de pierre. Je vais commencer par le cœur de pierre. Un après-midi d’une journée régulière de classe avait été consacré, en fin d’année, au nettoyage des casiers, dans lesquels on rangeait nos manteaux, bottes, sacs de toutes sortes, effets personnels –je devais n’en avoir aucun. Les pensionnaires déposaient sur la tablette du haut les collations de la semaine qu’elles apportaient de chez leurs parents. Je me rappelle qu’une fille, elle s’appelait Hélène, disposait d’un choix de Coffee Crisp, Kit Kat, Caramilk… et je la trouvais bien disciplinée d’être capable de ne prendre qu’une seule barre à la fois. Elle en avait dix, une par collation, deux collations par jour, cinq jours par semaine. Pour accomplir le nettoyage des casiers, sœur Muguette, notre titulaire, nous avait fait porter nos tabliers réservés normalement aux arts plastiques. Nous voilà balayant et frotti frottant, les choses tournaient rondement jusqu’à ce qu’une fille remarque un casier très sale, dont le fond était couvert de traces de calcium et de beaucoup de sable, qui dégageait peut-être une mauvaise odeur. Bien entendu, c’était le mien. Pour calmer l’étonnement des filles qui commençaient à s’exclamer qu’elles n’avaient jamais vu casier si sale, j’avais affirmé haut et fort, orgueilleuse et menteuse, que c’était le casier de Lise Lessard, ma voisine immédiate. On avait tendance à moins aimer Lise Lessard parce qu’elle était très rousse. Et on avait tendance à me croire plus qu’elle, étant donné que j’étais, avec Carmen, la meilleure de la classe. Lise Lessard s’était mise à pleurer comme une Madeleine et je l’avais regardée sans broncher, irritée qu’elle pleure autant. Il y a pire. L’après-midi du même jour, après l’école, nous nous sommes rencontrées elle et moi au centre-ville de Joliette, devant la pharmacie Farmer –qui existe encore. À ma vue elle s’est remise à pleurer, encore plus fort, et m’a regardée d’un air qui me suppliait de m’excuser. Je suis passée à côté d’elle sans daigner la regarder.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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Une réponse à Jour 1 240

  1. Jacques Richer dit :

    Hun..hun…

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