Jour 1 482

Ça fait vingt-quatre fois que je reviens au travail en janvier après l’interruption des fêtes de Noël et de la Nouvelle année. Ça commence à faire. Je pourrais bien sûr me rendre à trente fois, je bénéficierais alors de la rente maximale. J’aurais soixante ans. Mais je passerais encore six ans en mode métro-boulot-dodo. Ce n’est pas que cette formule ternaire soit inintéressante ou qu’elle me fasse mourir d’ennui. La formule est agrémentée de sorties avec mes amies ou avec Yvon, ou de séances hebdomadaires au ciné-campus au sein même de mon pavillon. Quand 17 heures arrive, le mardi soir, je monte deux étages et je m’installe, peinarde, dans la salle de cinéma. C’est ainsi que j’ai vu Mommy cette semaine et que je vais voir Le beau mensonge la semaine prochaine. Je vois ma fille, aussi, certains rares soirs de ma formule ternaire. Et je prends aussi plaisir à faire du ménage certains autres soirs.
J’expliquais à Emma cette semaine, au restaurant Percé, que je m’arrange toujours pour faire le contraire de ce que font ou disent les gens autour de moi.
– Les collègues me diraient Saute sur l’occasion, Va vivre chez Denauzier, N’hésite pas, Dépêche-toi, que je n’irais pas.
– Ce n’est pas ce qu’ils te disent ?, me demande Emma.
– Ils me disent presque tous de prendre mon temps, d’y penser bien comme il faut, d’étirer la sauce car vivre avec quelqu’un au jour le jour ça atténue la magie de l’amour, de mesurer ce que je suis prête à changer et de me demander si Denauzier, de son côté, est aussi prêt à changer… etc.
– Ils disent ça parce que tu te plains de quelque chose, forcément, me répond Emma.
– Je n’ai pas l’impression de me plaindre tant que ça… Une chose est sûre, je suis prête à changer ma vie, c’est drôle à dire, pour ne pas donner raison à ces propos déprimants. Pour préconiser l’ouverture, plutôt que la fermeture.
– Tu es rebelle, en somme, conclut Emma.
– Je ne sais pas.
– L’important, de toute façon, c’est l’action, c’est le résultat. Tu sautes, maman, ou tu ne sautes pas.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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3 Responses to Jour 1 482

  1. Avatar de Nat Nat dit :

    Une belle et rebelle…

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  2. Avatar de Jacques Richer Jacques Richer dit :

    En tout cas, on dirait que quelque soit la suite, ta fille est maintenant capable de te donner du support, s’il advenait que tout n’aille pas comme tu l’espérais.

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