Il y a un aspect des choses de la vie que j’ai complètement occulté. Que j’occulte encore, dans la fiction et dans la réalité. Quand Yuri marche le long d’une route déserte alors que sa voiture est en panne, quand il se demande, à un carrefour, s’il doit ou non tourner à gauche, ou à droite, quand le soleil devient trop fort et que Yuri commence à se déshydrater, je n’ai pas envisagé un seul instant qu’il puisse survenir un événement, intéressant, ou moins intéressant. Yuri se retrouve au bout d’un moment dans le véhicule de Don, ce dernier s’arrête à un commerce acheter une bière bien froide, Yuri la boit d’un coup et se laisse ensuite porter par l’effet d’une légère ivresse. J’ai écrit ce passage de la bière bien froide afin que les lecteurs ne s’inquiètent pas du sort de mon protagoniste, et, d’ailleurs, je n’ai pas donné suite à ce passage. Ce qui occupait mon esprit, c’était le seul fait que Yuri était en cure, en jeûne, en pèlerinage, en recherche de lui-même, ou de ce que j’appelle sa voie. Sa traversée existentielle constituait l’essentiel de mon récit. Or, à quoi ça sert de chercher si on n’envisage même pas qu’il est possible de trouver quelque chose ? Qu’il est possible, en prime, que ce quelque chose soit excitant, stimulant, voire palpitant ?
Je dois être une ascète qui s’ignore.
Je gagne ma vie parce que je suis obligée de le faire, et pas une seconde il ne me vient à l’esprit que ce pourrait être valorisant, amusant, gratifiant. J’endure mon sort sans vraiment souffrir.
J’alimente un blogue dont les statistiques d’accès s’avèrent monolithiquement anémiques. Je prépare supposément un vernissage qui se tiendra dans ma maison. Je n’ai pas hâte de vivre cette expérience qui requiert une certaine estime de la valeur de mes œuvres alors que je ne les perçois qu’à travers le plus grand détachement.
Moi qui me préoccupais tant de la reconnaissance, il y a ne serait-ce qu’une petite année, je me fiche maintenant d’avoir du succès, je ne veux pas avoir de succès, sous prétexte que je perdrais mon indépendance d’être, d’agir, de penser.
Ai-je peur ? Suis-je dépressive ? Est-ce normal docteur ?
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Tu es une très belle montre. Montre-toi très belle.
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