Jour 1 820

J’ai rêvé que je trouvais ma voie. Quand je rêve que je cherche ma voie, cela m’arrive régulièrement, je suis assaillie de questions pour lesquelles je n’ai pas de réponse. La question principale qui me tourmente est habituellement la suivante : suis-je étudiante au Conservatoire ? Il s’ensuit une kyrielle d’autres : où est-ce que j’habite à ce moment-là, à Québec comme autrefois quand j’y étudiais ? Si oui, qu’advient-il de ma fille qui fait ses études à FACE au centre-ville de Montréal ? Suis-je mère, à bien y penser, ou encore célibataire sans attache et sans vraiment de responsabilité ? Comment vais-je gagner ma vie pendant mes études au Conservatoire ? Avec les seuls prêt et bourse du gouvernement ? Et mon emploi actuel, à l’université, l’aurai-je encore après mes études à Québec, ainsi que ma maison en ruines ? L’aurai-je louée le temps de mon absence ? Une absence de combien de temps ? Et ça n’en finit plus.
Or, la nuit dernière, j’ai rêvé que j’entamais des études au Cégep de Joliette. Retour à la case départ puisqu’il s’agit de ma ville natale. Je les entamais pour le plaisir et pour l’intérêt, étant déjà, je me formulais clairement cette information dans mon rêve, détentrice d’un Ph. D. –dans mon rêve comme dans la réalité. J’énumérais les matières de mon programme d’études et je savourais à l’avance les belles heures que j’allais passer à lire pour nourrir mon cerveau, et à m’amuser en faisant mes travaux pratiques. À 53 ans bientôt 54, je trouvais enfin mon créneau. Celui-ci n’était pas en lien avec une plateforme professionnelle, ou une carrière à définir liée à la nécessité de gagner ma vie. Je m’en allais au Cégep de Joliette récolter, en quelque sorte, les graines que j’ai semées jusqu’à maintenant dans ma vie. J’étais dix ans en avance sur la réalité, en somme.
En constatant que mes études m’éloigneraient de ma fille dont les activités se déroulent à Montréal, je ressentais un pincement au cœur, je m’en voulais d’avoir occulté cet important volet de ma vie, je me sentais traître. J’informais Emma de mon choix alors que nous roulions toutes les deux dans un autobus. Probablement par lâcheté excessive, ou par incapacité de m’affirmer, ou de concilier avec confiance toutes les exigences qui sont au centre de ma vie, je lui glissais cette information fondamentale au moment où je descendais du véhicule, à la toute dernière minute. J’avais quand même le courage de regarder derrière moi pour voir une dernière fois son visage, avant de l’abandonner tout à fait. Je découvrais une Emma bien dans sa peau, épanouie, pas assommée pour une miette, en pleine possession de ses moyens, qui se mettait à chanter fort, dans l’autobus, un extrait d’opéra.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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2 Responses to Jour 1 820

  1. Ça doit être tellement bon pour une mère de ressentir ce sentiment de confiance et d’optimisme envers sa fille!

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  2. Avatar de Badouz Badouz dit :

    Je me demande comment je pourrais vivre s’il n’en était pas ainsi.

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