Jour 1 822

Quand il m’a vue arriver dans la cuisine, Clovis, fidèle à lui-même, a sursauté d’un pied de haut. J’avais un sourire fendu jusqu’aux oreilles car ça sentait le Grand Marnier et le Triple sec nécessaires aux crêpes suzette. Clovis souriait moins car les crêpes collaient à la poêle Tefal en l’absence d’une bonne plaque de fonte.
– Je vais t’aider, lui ai-je dit, mais miraculeusement Emma est arrivée, notre spécialiste en crêpes de tous genres, alors j’ai pu m’asseoir et superviser les opérations en sirotant du Grand Marnier.
– Si vous voulez, pendant que vous cuisinez, je peux vous lire des extraits du Coeur de la baleine bleue, ai-je suggéré.
– Viens plutôt m’aider à flamber, mon chou, m’a demandé Clovis au bout de cinq allumettes gaspillées dont une tombée directement, pas allumée, dans la sauce caramélisée.
– J’ai aussi Les grandes marées dans la bibliothèque vitrée, mais il faudrait que vous insistiez parce que le personnage se suicide en laissant ses lunettes à la vue sur le bord de l’eau. En préambule à un repas qui sera exquis, cela ne me semble pas jojo.
– Devrais-je ajouter encore de l’alcool ?, s’inquiète Clovis dont la sauce refuse de flamber.
– Est-ce que ce sont des lunettes à monture intéressante ?, s’enquit Emma dont nous avons dit récemment qu’elle avait passé un examen de la vision et qu’il lui reste la monture à acheter.
– Un peu comme celles que j’ai perdues à Paris, à l’Arche de la défense, réponds-je en versant une bonne rasade d’alcool et en augmentant la chaleur de la plaque.
– Les noires un peu carrées que tu as passé une journée à essayer de retrouver pendant qu’on visitait, papa et moi, le musée du Louvres ?
– En plein ça ! Tu as une bonne mémoire, ça fait quand même six ans ! Regarde, Clovis, comme ça flambe bien maintenant ! On ne peut pas être chanceux comme Clovis qui retrouve son sac de 33 tours exactement là où il l’avait laissé, à côté d’un sac de 10 kg de craie de champagne, dans un Castorama.
– Tant qu’à ça, répond Emma.
– C’est moi qui ai répondu ça hier, dis-je à Emma, surprise car elle ne me lit plus sur mon blogue depuis un bon moment, elle n’a pas le temps.
– Comment ça ?, s’étonne Emma.
– Bien dans mon texte écrit hier, nous sommes sur le point de commander nos crêpes au serveur, Clovis et moi, et je dis ça, Tant qu’à ça.
– Est-ce que le serveur portait des lunettes ?, s’enquiert Emma qui ne perd jamais le fil de ses idées.
– Est-ce que vous êtes prêtes à manger ?, demande Clovis, soulagé d’y être enfin arrivé.
– Est-ce qu’on en aura assez ?, demande Emma en s’asseyant et en constatant que la pile de crêpes, déjà déposée sur une assiette au centre de la table, est bien mince.
– Est-ce que tu me passes ton assiette ?, dis-je à Emma et la servant en premier car elle doit partir pour sa générale Requiem dans dix minutes.
– Est-ce que tu as faim, chérie ?, me demande Clovis.
– Bon appétit !, nous sommes-nous souhaité tous en même temps.
Saisis par une telle synchronicité, il nous a fallu quelques secondes avant de nous remettre à parler.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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2 Responses to Jour 1 822

  1. Ça sent bon! Bonne St-Valentin!

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