Jour 1 934

En même temps, quand j’assiste à des réunions qui portent sur l’impactation des parties prenantes, je me demande comment est-ce dieu possible de s’intéresser à un tel sujet. Je devrais peut-être me demander comment ça se fait que je ne m’y intéresse pas, contrairement à mes collègues qui donnent l’impression de s’en faire une mission. Je ne veux pas laisser entendre pour autant que je m’intéresse à mieux, à plus noble, à plus palpitant. Hier, empruntant dix minutes à la course contre la montre de la vie, je suis allée acheter Café de Flore chez Archambault. Le CD est dans la section de la musique électronique fabriquée par des DJ et la seule version vendue en magasin n’est pas aussi bonne que celle du film. Le vendeur me l’a dit. J’ai acheté le CD pareil. J’écoute donc Café de Flore en remplacement des Cowboy Junkies en conduisant ma Sonic, il fait très beau, il n’y a pas trop de circulation, j’adore conduire, je trippe au max. Peut-être que les collègues tripperaient autant dans un contexte identique, mais ils trippent, en plus, sur les dossiers universitaires. Dans le fond, ce sont peut-être eux, les artistes, les passionnés, les allumés. Ils sont alors chanceux que leur passion puisse avoir une portée sur la société, cela s’appelle une passion appliquée. Mes carrés tricotés, mes pinceaux de plâtre, mes toiles, mes roches peinturlurées n’ont aucune portée sur la société. Tous ces éléments ont pour fonction première et peut-être unique de me maintenir vivante. Mais alors, pourquoi ai-je besoin de faire tout ça pour me maintenir vivante ? J’étais vivante avant d’entreprendre l’écriture d’un texte par jour du lundi au vendredi, mais je l’étais moins. J’étais moins vibrante. Mais pourquoi suis-je à la recherche d’autant de vibrance ?
Clovis me demande :
– Pourquoi voudrais-tu être reconnue comme écrivaine ?
Je réponds :
– Pour me sentir à ma place, pour savoir que j’ai une place quelque part, que je ne suis pas seulement le chien dans le jeu de quilles des parties prenantes. Pour ne pas me sentir constamment, en tout lieu et en tout temps, à côté du courant.
– Mais tu sais que tu es écrivaine, pourquoi faudrait-il que les gens le sachent aussi ?
Excellente question.
Peut-être pour me rassurer, pour sentir que j’ai une valeur non pas reconnue mais un petit peu connue. Pour bénéficier de revenus modestes supplémentaires si mes textes étaient vendus un petit peu. Pour m’aider à savoir qui je suis. Pour aller plus loin : ayant un statut reconnu par d’autres, je pourrais passer à autre chose que Comment ça se fait que je ne suis pas encore arrivée, à 53 ans, au stade de me définir comme étant une écrivaine ? Pour me définir autrement que par la négative : je ne suis pas que l’extraterrestre qui ne fait rien comme les autres. Je suis extraterrestre en partie parce que je m’intéresse plus que tout –hormis certains êtres dans ma vie– aux mots que j’enchaîne les uns aux autres dans ma tête en prévision de les écrire. Ce n’est pas tout le monde qui s’intéresse à cela. Ce qui m’intéresse plus que tout, c’est d’écrire ces mots qui me donnent du swing. Parallèlement, ce qui me déstabilise plus que tout, c’est de me trouver si rafraîchissante quand je me lis, de trouver ma voix si unique et d’être la seule à m’évaluer ainsi ! Est-ce que je me trompe à ce point-là ? Est-ce que je suis la seule à tripper au max sur mes textes ? Ah ! Seigneur ! Qui peut m’aider ?

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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3 Responses to Jour 1 934

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  2. Tes textes sont toujours une bouffée d’air frais, pour moi.

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